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La fontaine pétrifiante de Réotier est un lieu magique, ou l'eau vive qui sort de terre riche en minéraux a construit une vasque et une gueule de monstre. L'eau chaude chargée en calcium qui remonte par un système de failles associées à la Durance, subit des réactions chimiques au contact de l'air, et produit du carbonate de calcium qui, trop lourd, se dépose en couches successives pour former les draperies de concrétions. Elle est située sur la même ligne que la source du Plan-de-Phazy, à 2km de là sur la grande faille de la Durance.

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Le monstre perdit sa tête deux fois, en 1981 et 2009, mais le temps et l'eau ont reconstruit chaque fois cette sculpture étonnante.

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Un escalier monte le long de la fontaine. Nous voici sur le dos du monstre à la crinière d'herbes folles, avec une vue panoramique sur la vallée de la Durance et le Fort de Mont-Dauphin (ici en novembre).

 

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Lors de la construction de la ligne de train en 1889, entre 300 et 400 pièces romaines en argent ou bronze furent découvertes au pied de la fontaine. La datation a permis d'établir qu'il s'agissait de pièces s'échelonnant du règne de Tibère (14-37 avant Jésus-Christ) à celui de Magnence (350-363 après JC). On a également trouvé des offrandes diverses, laissées là par les voyageurs, notamment une petite jambe de bronze romaine. Ces éléments archéologiques sont visibles au Muséum de Gap. Le site de la Fontaine Pétrifiante était en effet situé sur la voie romaine Arles-Rome, et donc déja visité. 

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" En 1697, Antoine de Réotier est colporteur car la culture de sa terre ne suffit pas à nourrir sa famille. L'hiver il part en Provence vendre sa pacotille. Cette année-là, sa femme avait déjà le ventre bien rond quand il partit. C'était pour Noël, lui avait-on dit. Le 20 décembre, il décida de rentrer et prit le coche pour Manosque. De là se rendit à Sisteron. Mais il fallait attendre deux jours le coche pour Gap, il choisit donc de faire le reste du chemin à pied.

Le temps était sec, froid et beau. Antoine, bon marcheur, fit étape à La Saulce, Chorges, puis Embrun. Le 24 au matin, passant l'arrête de Saint-Alban, il apercevait enfin les crêtes de Catinat. Il passait devant les vignes de Saint-Clément, quand la neige se mit à tomber. Antoine ne vit bientôt plus rien à dix pas : "Es pas poussible, tan près dé l'oustaou !".

Malgré ses prières, la tourmente redoubla. Un coup de tonnerre le fit sursauter, et dans un éclair, il vit un énorme monstre aux dents blanches acérées. Il ramassa une branche morte, et entreprit d'affronter la bête immonde. La clarté de la lune commençait à déchirer tout doucement les nuages, c'est là qu'il reconnut le monstre aux dents blanches : la Fontaine Pétrifiante !

"Mas fa paour, tu sas ! Tu es pourtant bien belle avec ton nez de pierre et tes dents de Cristal, ton grand bassin te sert de miroir par ce temps glacé." "


D'après "un conte de Noël" par Jean Combe, Pays Guillestrin. Jean Combe est l'ancien président du Pays Guillestrin. Il a longtemps dynamisé cette association, avec notamment la publication du recueil collectif sur les contes. Il a été décoré par la Pologne à la suite de ses recherches sur les origines familiales de Frédéric Chopin dans un hameau de St-Crépin, les Chapins. 

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 Aujourd'hui c'est le printemps, et près de la fontaine pétrifiante, une petite mare tranquille et limpide s'étire au soleil...

Aux environs des sources thermales de cette région (source de Réotier, source du Plan de Phazy...) on trouve des prés salés, constitués de plantes halophiles (qui aiment le sel), comme au bord de la mer, et qui abritent des plantes et une faune assez particulières. Les plantes halophiles que l’on trouve, telles le Plantain maritime (Plantago maritima), le Carex à épis distants (Carex distans), la Spergulaire marginée (Spergularia media), ou encore la Puccinelle à épis distants (Pucinellia distans), parviennent à résister à l’ambiance salée grâce à leurs tailles réduites, leurs feuilles et tiges charnues qui leur permettent de réduire leur perte en eau. Quant à la faune, on citera ces sortes de libellules telles que l’Agrion de Mercure ou le Sympetrum à nervures rouges. L’origine des plantes halophiles dans cette région des Alpes est encore inexpliquée. Plusieurs hypothèses sont proposées : - les plantes halophiles auraient été transportées par des oiseaux migrateurs ; - elles se seraient développées à l’époque où les vallées des Alpes étaient encore sous la mer il y a 30 millions d’années; - la présence des eaux thermales aurait augmenté la teneur en sel du sol, le sel étant charrié par ces eaux et diffusant ensuite dans le sol suite aux évaporations. Le site de Réotier, ainsi que celui du Plan de Phazy, et plus généralement les sites de prés salés, font l’objet d’une politique de protection écologique par l’Union Européenne : ils font partie de Natura 2000. 

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Un Chevesne (squalius cephalus) glisse lentement entre deux eaux...

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Colporteurs des Hautes-Alpes - citations

« Les habitants sont fort nombreux et le pays capable de culture, petit et resserré ; c’est pourquoi ils sont obligés de tirer d’ailleurs pour pouvoir achever leur année, et c’est ce qui fait que la plus grande partie sortent de chez eux pendant l’hiver et se répandent par les provinces du royaume où ils vont négocier ou travailler de leur métier, même en plusieurs autres pays (…) la malle sur le dos ou en ramoneurs de cheminée ou en appareilleurs de chanvre, dont partie deviennent par les suites, à force d’application et d’habileté, de gros et riches marchands. Ce négoce, tout petit qu’il paraisse, ne laisse pas d’être fort considérable en général par la quantité de gens qui s’en mêlent, et d’apporter beaucoup d’argent dans le pays, ce qui, joint à la nourriture des bestiaux et à leur grande frugalité, le rendait fort aisé avant la guerre. » Vauban

 « ces gens que la nécessité force comme les oiseaux voyageurs à partir à l’approche des gelées et que ramène le souffle du printemps » (d'après Ladoucette, préfet des hautes-Alpes entre 1802 et 1809) 

« La plupart des hommes partent après la récolte pour la France et les pays étrangers pour se faire maîtres d’école, peigneurs de chanvre, pour porter la marmotte et faire toutes sortes de trafics pour gagner de l’argent et n’être point à la charge chez eux et épargner le bien de leur pays. De sorte qu’en hiver, les villages sont dépourvus d’hommes, n’y restant que les vieillards, les femmes, les petits garçons et les petites filles. Ils reviennent au printemps avec de l’argent, des croix d’or, des bagues et des habits qu’ils rapportent à leurs femmes et restent tout l’été pour cultiver les terres et faire les affaires de la maison. » Nicolas de Nézot (ingénieur militaire qui dirigea la réalisation du plan-relief de la ville) en 1736

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Sources :

Wikipedia

http://fred.elie.free.fr/fontaines_eau_chaude_et_petrifiantes.pdf

https://www.envie-de-queyras.com/guide/fontaine-petrifiante-de-reotier

http://gourmandsdhistoires.com/les-colporteurs/