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6 mars 2021

L'église Saint-Michel de Cervières

Aller visiter une église, c'est toujours un voyage. Un voyage dans le temps, avec le certitude que l'on va découvrir quelques merveilles ou simplement des détails insolites. Un voyage dans l'histoire du village, toujours riche !

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Les restes de l'ancien village de Cervières, en rive gauche de la Cerveyrette, photographié depuis l'église Saint-Michel, avec l'église Saint-François du XIXe siècle à gauche

Situé à 10 km de Briançon, le village s’est développé sur la route du col d’Izoard. Au 18e siècle, il formait un gros bourg de près de mille âmes et était connu pour ses métiers à tisser et son fromage. 

Avant la seconde guerre mondiale, le village de Cervières était construit en rive gauche de la Cerveyrette, sur un versant moins ensoleillé, à l'époque les pentes au soleil étaient réservées aux cultures. Lors des combats de la Libération de Briançon en août-septembre 1944, il fut en grande partie détruit par les bombes incendiaires lancées depuis les crêtes par les Allemands. Les maisons à pans de bois et les stocks de fourrages alimentèrent le feu qui détruisit 90 % des habitations. 

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 Et voici le village reconstruit en rive droite et l'église Saint-Michel que nous allons visiter... 

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 "L'église Saint-Michel de Cervières surprend dans sa solitude, perchée sur le débouché du torrent de l'Alpe au point le plus resserré du vallon, dominant de loin les toits du village, dans un écrin de rochers. Terminée en 1471, pour la nef d'origine et le clocher, l'église dédiée à Saint Michel (Archange terrassant le dragon) s'inscrit tout entière dans la typologie des églises de la Haute Durance."  Pierre Boyer*; je me servirai du beau texte de Pierre Boyer  (texte en italique) et de son anaphore pour décrire cette église.

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"Remarquable par son clocher, bâti sur le modèle simplifié de la cathédrale d'Embrun : tour carrée et flèche octogonale qui se donne à voir, contournée de quatre pyramidions, étage des cloches à baie géminée. Un type de clocher qui est une composante majeure du paysage Briançonnais.

L’église Saint-Michel de Cervières se distingue par son cadran d’horloge monumental. On devine facilement qu’il a été construit ainsi pour être vu de loin. À noter que le chiffre romain de la quatrième heure respecte bien la tradition horlogère des quatre barres.

"Remarquable par le volume de sa nef couverte en bardeaux dont l'angle de faîtage est le même que celui des maisons du village. Mais avec des pignons soulignés de fines arcatures lombardes.

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"Remarquable encore par son porche ouvert sur la façade méridionale conforme à l'usage des autres vallées, où le froid des longs hivers oblige à ouvrir portes et fenêtres sur la façade ensoleillée. 

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Rémy Fantin signait avec un rébus : les notes de musique Ré Mi Fa et le TIN sous une couronne, sur l'église Saint-Marcellin de Névache à gauche et à droite sur l'église Saint-Michel

 "Construite dans la seconde moitié du XVe siècle, alors que la Renaissance est déjà à l'œuvre dans les autres provinces de France, Saint-Michel de Cervières est gothique dans sa structure : son maître d'œuvre, Rémy Fantin qui a laissé sa signature sur une pierre d'angle, a bien doté la nef de croisées d'ogives. Mais un gothique qui a gardé "l'esprit roman" : les fenêtres étroites et rares, le ramassé de sa silhouette, silence et recueillement de son volume intérieur.

Elle intègre bien l'esprit et les conditions de vie des paysans de montagne qui l'ont fait construire, dans le conservatisme de leur vie. Et à ce titre, tout à fait représentative de l'identité briançonnaise où la vie en montagne affronte neige, vent et soleil." 

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J'ajouterai, puisque nous ne sommes pas encore entrés dans l'église, remarquable par son petit cimetière où je m'étais attardée un 11 novembre 2018. C'est là que j'avais choisi d'aller célébrer le centenaire de l'Armistice de la Grande Guerre... 

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Remarquable également par son verrou à chimère que l'on retrouve dans d'autres églises du département, Vallouise, Les Vigneaux, L'Argentière, La Salle-les-Alpes... Elles sont toutes ICI

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"À l'intérieur, voûtée de croisées d'ogives sur deux travées. On lui adjoint un chœur en 1535, voûté d'ogives lui aussi, qui se distingue du corps de l'église par un net rétrécissement. L'autel est doté d'un retable baroque doré à la feuille : une note de gloire dans l'austérité montagnarde de l'édifice." 

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  "La tribune a deux dates 1602 et 1763 ; elle est contemporaine de la nef collatérale gauche, elles répondent à un besoin de places dans l'église du à l'accroissement de la population, dans la logique d'une construction évolutive. C'est ainsi que se dégage un puissant effet d'équilibre dans le profil des toits décrochés (bien visible de la route descendant des Aittes) de la nef au chœur et du chœur de la sacristie."

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 La plus belle (et la plus insolite) pièce du mobilier est ce tableau du XVIIe siècle qui représente la crucifixion, avec un saint Michel magnifiquement habillé, au visage bien dessiné (contrairement à la Vierge et à Marie-Madeleine, aux traits plus grossiers) avec un dragon monstrueux, aux griffes énormes... 

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Saint Michel, les cheveux blonds ondulés,  les traits fins, le visage pâle et les pommettes roses, porte un manteau bleu brodé de fleurs de lis d'or. il faut dire que saint Michel remplace ici saint Jean, souvent représenté sous les traits d'un jeune homme blond... 

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Le voici saint Jean, tout jeune et blond, avec sainte Marthe qui tente de maîtriser la Tarasque (elle est la sainte patronne de la ville de Tarascon)

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 Un autre tableau du XVIIe représente un saint assez rarement représenté, saint Mamez tenant les organes de son abdomen ouvert entre ses mains. Après avoir subi les tortures infligées au sein de l'Empire romain  (que l'on peut lire sur les icones du tableau), il reçut un trident dans le ventre et mourut. Il est imploré pour les colliques et ceux qui souffrent de hernie et d'éventration. On le retrouve sur une peinture murale de l'église Saint-Marcellin de Névache. Encore Névache ? Sa présence dans les seules deux églises du département reste un mystère...

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Cette oeuvre représente saint Antoine qui repousse le diable. Saint Antoine est un des saints les plus représentés dans les églises des Hautes-Alpes. Il était invoqué pour guérir du "mal des ardens" que l'on a longtemps assimilé à la maladie de l'ergot de seigle. Il s'agissait surtout de soigner les gangrènes et maladies de peau fréquentes au Moyen-Âge. La vie de saint Antoine, pauvreté, vie au désert, prédication, tentation... ont peut-être inspiré la lutte contre le Valdéisme, cette discidence religieuse très présente dans nos vallées et qui reproduisait les mêmes principes de pauvreté, prédication, lutte contre la tentation ? Il faut ajouter que les reliques de saint Antoine auraient été ramenées de Terre sainte par un seigneur du Dauphiné, Guigues Disdier, déposées dans le village de La Motte-au-Bois qui deviendra Saint-Antoine-L'Abbaye, en Isère. Les bénédictins construisent une abbaye où l'on soigne le mal des ardens (Ignis Sacer).

Nous étions cinq à visiter le village et l'église avec la guide-conférencière Françoise Deshairs du service du patrimoine de Briançon. Cette visite était offerte par la municipalité. Nous ne sommes pas montés dans le clocher, cependant dans les archives de l'association "Horloges d'Altitude", on trouve...

Capture d’écran (82)

 Une horloge mécanique

 Une horloge mécanique construite à Morez dans le Jura par la société Prost Frères, vendue par la société Aimé Lamy

installée par les horlogers briançonnais Salle Fils en 1884 qui fait de l'ombre à l'horloge électronique Bodet (BTE2)

Capture d’écran (83)Capture d’écran (84)

Et deux cloches

Une Paccard (Haute-Savoie) et une Gautier-Vallier  (fondeurs briançonnais) de 1848. Denis Vialette, animateur de l'association "Horloges d'Altitude" écrit : "C’est un élève de seconde, Romain Roussel, qui a fait la visite et le compte rendu. C’était la première fois qu’on voyait dans notre projet une horloge électronique ! Romain a fait des recherches et a contacté lui-même Bodet en novembre 2009 en donnant mes coordonnées." 

Quand je vous dis que visiter une église c'est un peu faire un voyage !

Les photos de l'horloge et des cloches sont des captures d'écran du document ci-dessous : 

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Au cours de notre balade, nous avons pu observer les différents époques de construction du village, ainsi que deux beaux cadrans solaires réalisés par Zerbola et restaurés :

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Celui de gauche sur la Maison Delouis, création Zerbola (peintre cadranier piémontais du XIXe siècle) de 1839 restauré par Evelyne Rey-Peyrot et celui de droite sur la Mairie, probablement création Zerbola restauré par Jean-François Gavoty en 1983

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Ainsi que le blason de Cervières : Le nom du village vient de l'occitan cervèira qui signifie tout ce qui touche au cerf, y compris le loup-cervier ou lynx...

 

Pierre Boyer, d'origine briançonnaise, est l'auteur bien connu d'un livre de référence : " les Fortifications du Briançonnais " (1997 EDISUD). Il fut longtemps administrateur de l'Association Vauban et a créé l'Association pour le Patrimoine fortifié Briançonnais. Son action énergique auprès des collectivités locales pour leur rappeler l'intérêt touristique et culturel des fortifications a permis d'inscrire Briançon et ses forts du XVIIème et XVIIIème dans le Réseau Vauban au Patrimoine Mondial de l'Unesco. (Alpes&Midi, 11 avril 2014)


 

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