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La chapelle Saint-Jean a été construite au XIIe siècle, en même temps qu'une commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sur une butte sous les remparts du château Saint-Jean. Des fouilles complètes ont découvert une voie dallée de pèlerinage (nous sommes sur une voie de pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle) et de circulation de voyageurs, démontrant combien la présence des Hospitaliers à L'Argentière était liée à l'intérêt économique et politique de la ville au Moyen-Age. Outre les Croisades, l'ordre Saint-Jean de Jérusalem, avait une vocation d'accueil et de protection des pèlerins. Autour de la chapelle, il n'y avait au Moyen-Âge,  aucune habitation. Les hameaux étaient construits en altitude. Loin des crues de la Durance, les habitants pouvaient également "voir avant d'être vus"... C'est le cas du quartier "Ville" situé au-dessus de la chapelle, près du château.

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Cette petite chapelle est un chef-d'oeuvre de l'art roman, avec ses ouvertures aux arcs en plein cintre, la sobriété de son architecture et de sa décoration. 

Elle est construite en tuf et en galets de la Durance. On trouvait plusieurs carrières de tuf dans le Nord des Hautes-Alpes, notamment à Monétier-Les-Bains. Le clocher carré est en marbre rose.

 

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Sur la façade sud, 4 "corbeaux" signent la présence ancienne d'un auvent.

 

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Le porche est surmonté d'une belle frise de feuillages avec la croix pattée des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

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Le chevet porte des arcatures dans une frise romane,

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avec des retombées sculptées de protomés représentant des animaux (boeuf, cochon), diable cornu, masque humain portant des cornes... Diable et animaux symboliseraient le mal, qui reste à l'extérieur.

 

chevet

Des marches d'escalier, semblent être un vestige de l'édifice précédent et conservent l'origine de cette chapelle, retrouvée dans les archives, sous le nom de Sancti Johannus de gradibus Karoli ou "Saint-Jean des marches de Charles"

 

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L'intérieur se compose d'une nef unique de trois travées, voûtée en berceau et à abside surbaissée voûtée en cul-de-four.

chapiteaux

Des colonnes surmontées de chapiteaux aux motifs floraux, feuilles, fleurs, boutons et pommes de pin, symboles de fécondité et d'éternité. Les chapiteaux dans l'art roman sont composés d'un tailloir (carré au sommet), d'une corbeille sculptée et d'une astragale circulaire, qui démontrent tout l'art des tailleurs pour passer du carré au rond...

 

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Le choeur sous-baissé est percé de 3 baies, symbolisant la Trinité. Il montre encore la trace des fouilles archéologiques récentes qui ont découvert des sépultures de différentes époques, dans et autour de la chapelle.

 

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Les plus anciennes datent du XIIe et XIIIe siècles. Il s'agit de 16 tombes coffrées, avec ou sans réduction de corps. Des squelettes d'hommes matures qui doivent correspondre à des moines, bien que l'on ait retrouvé 4 corps de femmes. Il s'agit, soit de cohabitation, possible à cette époque, soit de femmes riches du village enterrées là contre des dons.

Un ossuaire datant du XVIe siècle, datation faite grâce à des monnaies et des poteries qui se trouvaient au même étage,  a été retrouvé plus haut. Des os bien rangés et très rapprochés, probablement déposés en une fois.  

 

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Pierre de l'autel démonté pour les fouilles, qui pourrait être un remploi de pierre trouvée sur une tombe

 

Creusées au hasard, parfois dans les tombes médiévales, plus de 25 tombes de nouveaux-nés,  ont été retrouvées autour de la chapelle. 

Il faut savoir, qu'au Moyen-Âge et jusqu'au XVIIIe siècle, on considérait qu'un enfant mort-né ne pouvait aller ni en enfer, ni au paradis, ni même au purgatoire. Il était condamné à errer pour l'éternité dans les Limbes (Limbus Puerorum, selon Saint-Augustin). La croyance populaire faisait aussi qu'un enfant mort, étant de par son statut sans péché, faisait la place au Paradis pour le reste de la famille ! Quand la sage-femme était présente ou qu'on avait appelé le curé devant la gravité du déroulement de l'accouchement, on pratiquait l'ondoiement sur la tête du foetus. Parfois, le nouveau-né était enterré dans le jardin, sans autre forme de baptême. Les autres se rendaient dans une chapelle dédiée, avec un curé "qui connaissait", et deux témoins, qui affirmaient que l'enfant avait manifesté des signes de vie, joues roses, respiration, mouvements des yeux, par exemple. On considérait que la mort ne venait pas brutalement, mais s'installait lentement...

Ces chapelles dédiées étaient appelées "chapelles à répit" et l'enfant mort était enterré au plus près de ce lieu saint.

Tout au long du XVIIIe et du XIXe siècles, de nombreuses tentatives d'interdiction de ce rite par l'Eglise, ne réussirent pas à en finir totalement avec ces croyances et ces pratiques.  Les derniers sanctuaires à répit cessèrent d’être fréquentés au lendemain de la Première guerre mondiale. 

 

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Graffiti sur le chevet 

 

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Cette chapelle, plus beau bâtiment roman de la région, aurait besoin d'un ravalement extérieur et d'une restauration intérieure, quand les fouilles seront terminées...

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Merci à Elsa Giraud, historienne et son Atelier d'Histoire, pour ses commentaires brillants...

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 vitrail représentant Saint-jean-Baptiste dans la nef

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Spéciale dédicace à Michel Signoli, Stefan Tsortzis et Nathalie Pogneaux, auteurs des remarquables fouilles archéologiques 

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