pré de Madame Carle

Le pré de Madame Carle se trouve à l'extrémité du vallon Saint-Pierre, au-dessus du village d'Ailefroide, commune de Vallouise.

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On y accède par une route carrossable mais non déneigée en hiver, pour se rendre au départ de randonnées au glacier Noir et au glacier Blanc, puis à d'autres sommets mythiques du Massif des Ecrins.

Comment s'imaginer qu'ici, à l'époque romaine, on aurait peut-être cultivé des vignes ? Et qu'au début du XVIe siècle, cette vallée caillouteuse constituée des débordements du torrent Saint-Pierre aurait été une jolie prairie d'alpage et qu'elle aurait même été  habitée au Moyen-Âge ? Il parait qu'alors, les glaciers étaient encore plus reculés qu'aujourd'hui, et ce paradis faisait partie des biens donnés en 1505 par le roi Louis XII à Geoffroy Carle, président du Parlement du Dauphiné.

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Geoffroy Carle décida de faire réaliser à ses frais, sur l'église Saint-Laurent des Vigneaux, une fresque qu'il voulait magnifique, avec pour thème : les vices et les châtiments. Il fit venir un jeune fresquiste italien et chargea son épouse, Louise Carle, de surveiller les travaux.

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Très souvent, les thèmes des vices et des châtiments étaient placés sur les murs extérieurs des églises (cliquer sur la photo pour l'agrandir), afin que le peuple puisse les voir de loin, y compris les hérétiques vaudois... On trouve ces fresques sur l'église Saint-Apollinaire de L'Argentière et sur les murs intérieurs de la chapelle Saint-Jacque de Prelles et de la chapelle Notre-Dame des Grâces de Plampinet. Elles se divisent parfois en 3 tableaux : en haut, les vertus, puis les vices et en bas, les châtiments. Le tableau des châtiments où l'enfer est évoqué par des flammes, des démons et des bêtes féroces qui s'acharnent sur chacun des vices, est souvent en très mauvais état. Sans doute, la peur qu'ils inspiraient, poussa-t-elle  les fidèles à tenter de les effacer !

Les vices, qui sont en fait les 7 péchés capitaux, sont symbolisés par des hommes et des femmes juchés sur un animal totem : l'Orgueil, par un roi monté sur un lion ; l'Avarice, avec un marchand tenant une bourse et une cassette, à cheval sur un blaireau ; la Luxure sous les traits d'une femme se mirant, relevant sa robe, juchée sur un bouc ; la Gourmandise sur un renard, buvant et tenant un jambon ; la Colère se poignardant et montée sur un léopard ; l'Envie qui se croise les bras tout en chevauchant un chien tenant un os entre les dents ; la Paresse représentée par une femme assise sur un âne. Tous sont reliés par une chaîne autour de leur cou et le cortège se précipite dans la gueule d'un monstre.

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Louise se rendait donc régulièrement à l'église des Vigneaux et  finit par tomber dans les bras du séduisant peintre. Mais leur idylle fut de courte durée, car la Dame trouva rapidement un autre amant. C'est au cours d'une soirée au Domaine de Rama, que la belle Dame de la Bâtie décidément volage oublia bien vite son pauvre peintre et se laissa séduire par le seigneur des lieux.  Et c'est bien naïvement que Louise se rendit à l'église, au bras de sa nouvelle conquête... Fou de jalousie, le jeune italien décida de se venger.

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 La fresque étant presque terminée, il eut l'idée de donner aux vices la tête des acteurs de cette légende : le nouvel amant représenta l'Orgueil, le mari, la colère et l'épouse prit la place de la Luxure, sur le bouc...

De retour de Grenoble, Geoffroy Carle n'eut aucun mal à reconnaître les personnages. Il décida lui aussi de se venger... Pour cela, il assoiffa pendant plusieurs jours la monture de sa jeune épouse. Pas le bouc, non, mais la mule préférée de Louise. Et alors que Louise se promenait avec Geoffroy dans les alpages, la pauvre bête assoiffée se précipita dans l'eau du torrent, refusant d'obéir à la belle. Louise se noya. Geoffroy revint au village avecle corps de son épouse et fit procéder à une grand cérémonie d'inhumation.

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Et c'est pourquoi, en hommage à "sa tendre et si dévouée épouse, disparue dans des conditions dramatiques", il décida de nommer cette prairie "Pré de Madame Carle".

Légende :

  • récit à caractère merveilleux, où les faits historiques sont transformés par l'imagination populaire ou l'invention poétique (Larousse)
  • Récit traditionnel populaire plus ou moins fabuleux (Petit Robert)