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 « Approfondir le puits commencé sur la place d'armes jusqu'à ce qu'il y ait suffisamment de l'eau, y faire une voutte au dessus avec une margelle de pierre de taille, un pavé autour de deux toises de large en glacis, ne point cesser cet approfondissement qu'on ne mait mandé l'estat ou il sera et la quantité d'eau qu'il pourra fournir tous les 24 heures » (1 toise = 1.949 m)

Voici ce qu'écrit Vauban dans son "Projet des ouvrages à faire à la ville et au château".

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Sébastien Leprestre de Vauban savait bien que l'eau qui alimentait la ville venait de l'extérieur des remparts, et s'écoulait au milieu des rues, à l'intérieur d'une "gargouille" et dans les fontaines. Il aurait suffi  à l'ennemi de fermer l'arrivée de l'eau du canal, pour mettre en danger tous les habitants, et concrétiser un pouvoir absolu sur l'assiégé... 

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 C'est pourquoi il décida de permettre l'accès à l'eau grâce à une citerne sur la Place d'Armes de la Vieille-Ville de Briançon, et de la coiffer d'un puits avec tourelle.

La rotonde qui couvre le puits a été restituée à l’identique de l’originale. Les travaux ont été achevés en 2012. L'idée de cette restitution est née lors de la mise au jour dans les archives municipales contemporaines, de textes relatant la destruction de l'édifice au 19e siècle. 

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  Au Moyen Age une citerne existait déjà sur cette place, l'actuelle place d'Armes, où l'on trouvait les halles. Elle se remplissait avec les eaux de ruissellement de la vieille ville. 

Personne de mémoire d'homme n'ayant le souvenir de ce puits, un projet de restauration à l'identique, dirigé par Michel Trubert, Architecte en Chef des Monuments Historiques, fut mené en 2007, afin de vérifier l'existence du puits cité dans les textes. Ce projet vit le jour en 2011 et fut conduit selon des techniques à l'ancienne : Nouveau chemisage du puits, parement et margelle en pierres de taille, toiture d'ardoises posées au clou. Le dôme fut mis en place d'une pièce par une grue.

A noter que les pierres viennent de Croatie car les carrières locales utilisées pour la construction des forts sont fermées et protégées. De plus, ces pierres sont très résistantes au gel et économiques.

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En 1781, un cadavre y fut jeté rendant l'eau non potable. Et le puits se détériora. On proposa de remplacer la tourelle par une borne en fonte, ce qui ne fut pas fait, mais on rasa l'édicule en 1858, car il gênait la circulation des charrois sur la Place d'Arme, qui était aussi la Place des Halles.

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 Des nombreuses pièces d'archives s'échelonnant de 1694 à 1828, conservées par l'armée au Service Historique de la Défense au Château de Vincennes, ont confirmé les écrits des archives municipales et ont donc révélé la présence de la rotonde. En 1792, on y entreprit des travaux : « Le toit de ce puits a été refait à neuf, ainsi que les poulies, les seaux et leurs supports ». 

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On peut sans doute regretter que "les poulies, les seaux et leurs supports" décrits par Vauban n'aient pas été ajoutés à l'édifice... Bien que la rénovation de la place avec pavage, ait été complétée par un nouvel auvent, rendant à cette place son aspect du 18e siècle.

Source : Service du Patrimoine, Mairie de Briançon.