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St_Cr_pin_village_escargotIl est des villages qui en eux-mêmes portent une touche insolite. C'est le cas pour le village de Saint-Crépin, dans le pays des Ecrins.

Ce "village-escargot" posé sur un promontoire rocheux, a une histoire particulière, qui remonte aux Ligures et aux Celtes, qui semblent avoir cohabité ici dès le VIIIe siècle avant Jésus-Christ.      

Avec le clocher de son église du XVe S., suivi de cet amalgame de maisons construites en colimaçon, il a vraiment l'air d'un escargot qui domine la vallée de la Durance.

 

Le moulin Raymond

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Avant d'arriver au village, sur la N94, cet ancien moulin à eau, le Moulin Raymond, avec son vestige de cadran solaire déclinant du matin.

Les pierres sculptées

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Au-dessus des portes, les fameuses pierres sculptées, parfois en "marbre rose", issu de la carrière de Guillestre. Elles portent parfois des motifs de la vigne, et couronnent alors l'entrée d'un cellier. Au XVIIIe siècle, le village fournira en vin les garnisons du Fort de Mont-Dauphin.

En flânant dans les ruelles pentues, on peut voir de remarquables fenêtres et portes du Moyen-Âge et de la Renaissance.

La maison de l'étape

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Cette belle maison aux volets bleus, appelée aujourd'hui "Maison de l'étape", abrite la bibliothèque. Elle fut autrefois une des trois auberges qui accueillaient les voyageurs de passage à Saint-Crépin. 3 Papes et 5 Rois de France se sont arrêtés ici...Saint-Crépin fut une véritable ville de passage, un carrefour au confluent de plusieurs vallées, la Durance au Nord, Le Guil et le guillestrois au sud avec l'accès au Queyras, à l'ouest la vallée de Fressinières. On trouvait de nombreuses forges, essentielles aux chevaux, près de chaque relais.

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Son superbe cadran solaire qui s'étire sur 2 pans de la maison, est chargé de symboles :

Outre sa devise qui évoque notre court passage sur terre :

"Tant, par ici passèrent

Le temps passe

Nous passons"

Les motifs rappellent l'idée de temps qui passe et de l'évolution continue, avec la spirale de l'ammonite, les genévriers thurifères (autre curiosité du village)et l'érosion sculptant les paysages, créant les "demoiselles coiffées". Le cadran évoque les autres merveilles de la commune, les sculptures gauloises de l'église vieille, l'église Notre-Dame, des notes pour la musique de Chopin, enraciné par ses lointains ancètres au hameau des Chapins. Icare, celui qui voulut voler comme l'oiseau, symbolise le vol à voile, nos rêves d'aller plus haut, plus loin, vers la modernité, vers l'avenir....

La partie gnomonique du cadran permet également deux types d'observation : la marque des saisons rythmant l'année solaire et la lecture de l'heure solaire à Saint-Crépin, c'est à dire l'heure locale. Réalisation Bernard Masson Sam

(source : panneau explicatif apposé sur le mur)

 

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Deux autres cadrans originaux. Le premier est gravé et peint sur le mur, c'est une réalisation de Bernard masson Sam.
La devise : "Transeut omnia, sicut transis viator"
"Toutes les choses passent comme toi tu passes, voyageur"

Sur le second, réalisation Atelier Acacia - 2005, la devise est en occitan : " Lou tems passo, passan lou ben "
" Le temps passe, passez-le bien", il est posé sur la Maison Hodoul.

 

 L'insolite de ce village réside aussi dans son ancien cimetière, près du flanc Est de l'église du XVe siècle.

Le vieux cimetière

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Une grille entrouverte, par laquelle on entre dans ce jardin désuet, en cet après-midi d'été, dans la douceur de la solitude et du silence...

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 Là, des croix, élégantes avec leur riches dentelles de fer forgé escaladées par le lierre, ou austères dans leur habit de pierre, des coeurs de tôle émaillée, souvenirs éternels de ceux qui vécurent ici...

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Celle-ci en bois dont le coeur semble battre encore, se confond avec le mur de pierre.

Seule son ombre impose son contraste de vie...

Elles s'accrochent au mur de l'église, ou sont encore fièrement plantées dans le sol, près de "l'enfant" qu'elles veillent toujours...

Toutes les histoires, toutes les émotions, toutes les tragédies de ceux qui reposent ici, sont racontées, pour peu qu'on écoute un peu le bruissement de la brise et le murmure du silence...

 

 

 

 

 

 

La place du sureau

        9_octobre_12_044La place du sureau est à elle seule une oeuvre d'art...Le vieux sureau dont les fruits noircissent le sol s'appuie sur l' escalier de pierre qui conduisait autrefois au "grangeon" (grenier à foin) de cette très vieille maison.

Ici règne la paix et la douceur de vivre, ici on dépose les armes. Il y a tout le charme d'une place de village où l'on s'assoit au pas des maisons, autour de l'arbre fleuri, ou chargé de ses grappes noires, et bientôt couvert d'or...

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La rue des grangeons

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 Le grangeon est un grenier situé au-dessus des "écuries". On appelle écurie, la pièce souvent dotée d'un superbe plafond en voute à une ou deux colonnes, ou vivent les animaux de la ferme: moutons, chèvres, vaches et chevaux. Par le "montage", plate -forme en bois ou pavée, on monte le foin dans le grangeon. Dans le sol du grangeon, il y a un trou : le "pasturier", dans lequel on pousse le foin qui tombe directement dans la mangeoire. Il est rare que les "montages" aient été conservés quand les maisons ont été restaurées. Dans la rue des grangeons, on a restauré de belle façon deux montages qui sont voisins.

 

Fontaines et citerne

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Deux fontaines-lavoir du village, en pierre et "marbre rose" de Guillestre, et la citerne...dans la Rue de la Citerne.

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Et la chanson fraîche de l'eau qui coule dans le bassin...

L'église Notre-Dame de St-Crépin

Sur sa petite place, abritée par deux gros marronniers, c'est finalement l'église qui raconte le mieux l'histoire de son village : cette grande église fut consacrée en 1452.

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Une église existait déjà au XIe siècle, l'Eglise Vieille, construite à 500m sous le village, presqu'en face du Moulin Raymond, on peut la voir au bord de la N94.

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Il ne reste que le Choeur et la base du clocher. Bâtie au Ve siècle sur les restes d'un Temple païen, on y trouve des sculptures gauloises, notamment la double spirale, symbole de la vie, du temps qui passe, du commencement et de la fin de toute chose...

Mais revenons à notre église du XVe. C'est à l'instigation du Dauphin Louis XI qui constate le délabrement des églises paroissiales, à l'Archevèque qui veut imposer la puissance de l'Eglise Catholique face aux Vaudois, et à l'importance de la population liée au rôle d'étape du village, que l'église actuelle va être construite.

1488, l'église est témoin de l'abjuration des Vaudois, sur la place, en présence de Alberto Cattanéo, inquisiteur.

1581, Lesdiguières, Capitaine de l'Armée protestante, fait incendier l'intérieur de l'église. Tout le mobilier médiéval va partir en fumée, mais l'église tient bon.

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1629, épidémie de peste et création de la Confrérie des Pénitents Blancs, qui aide à l'ensevelissement des morts. 

Ce tableau daté en 1629, représente la Pentecôte, (de petites boules de feu tombe du ciel sur les Apôtres réunis autour de la Vierge), on a représenté deux Pénitents Blancs.

1692, le Duc de Savoie investit l'église, met le feu au clocher et se saisit des cloches. Il brise les autels et emporte les archives !

1701, mise en place de nouvelles cloches fondues en 1747, 1749, 1751.

1789, la Révolution transforme l'église en grange à foin pour les armées d'Italie. Le culte est suspendu jusqu'en 1805.

1850, rachat progressif de nouveaux objets du culte.

En 1931, l'église est classée Monument Historique.

1982, début de la restauration de l'église et de la place.

 

 

 

 P1050036La forme étroite de l'église (38 m de longueur pour 11 m de largeur) et la hauteur du clocher (environ 35m) résultent des contraintes auxquelles était soumis le "Maître d'œuvre" : 

- Ne pas bâtir sur le "Rocher de Ville" où se trouvait le château, difficile d'accès, 

- Réaliser un clocher très haut et l'intégrer au système de défense, 

- Supprimer le transept et renoncer à l'orientation à l'est. 

L'architecte nous a laissé plusieurs messages cachés : 

- le symbolisme dans les dimensions et leur expression aux mesures du XVe siècle : le nombre d'or s'y trouve plusieurs fois. 

- le symbolisme des chiffres : 3 (Dieu), 7 (Perfection humaine), 6 (Harmonie), 8 (Christ), 9 (Perfection divine ou Paradis) ... 

- le symbolisme de la lumière qui entre par l'œil-de-bœuf sud et agit comme un projecteur : le faisceau éclaire l'axe de l'ouvrage le 21 Juin et la face nord le 21 Décembre; d'autres rapports existent pour les équinoxes et le 15 Août ...

http://pays-guillestrin.wifeo.com/documents/Depliant-Eglise-Saint-Crepin-Franais.pdf

 

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Le porche d'entrée aux trois colonnes est surmonté de décors sculptés de masques d'une grande finesse

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Sous les ouvertures du clocher, les lions sculptés sont exceptionnels dans la région, où on a plus l'habitude de les voir supportant les colonnes du porche.

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A l'intérieur, un curieux narthex à deux voûtes romanes puis gothiques, accueille des fonts baptismaux du XVe siècle.

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Saint-Crépin et Saint-Crépinien sont les patrons des cordonniers, et dans le village on vit s'installer de nombreuses tanneries, et donc des échoppes de cordonnier. Une confrérie de cordonniers commanda ce tableau insolite au peintre André Gelet en 1633. On y voit le Christ en croix entouré de Marie et de Jean, et de chaque côté, Saint-Crépin dans sa boutique de cordonnier, et son frère Saint-Crépinien, travaillant sur un soulier à l'aide d'une alêne de cordonnier...Il est rare qu'on représente Saint-Crépinien qui semble être tombé dans l'oubli. Sauf à Soissons en Picardie, où les deux Saints sont souvent associés.

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 Nous quittons St-Crépin et son église en refermant la porte à la belle serrure de 1721...

 

Cet article fut le premier publié sur ce blog en octobre 2012. Il est ici complété et enrichi après la visite de l'église animée par Isabelle Rive, guide-conférencière, le 27 juillet 2013, dans le cadre du Festival les Musicales Guil-Durance.