Planche

En écoutant le lyrisme des discours de Gilbert Planche  à l'assemblée, on comprend que l'électricité n'était pas seulement une fée mais qu'elle était aussi un rêve d'enfant pour le député des Hautes-Alpes ! Ce dessin est extrait d'une "planche" de El Quebeuls, à retrouver sur son blog Les Croquignard, bandits fantômes

C'est en 1888 que notre ingénieur alors âgé de 22 ans descend du train à L'Argentière, avec un bric à brac inquiétant, fait de bouteilles vides, de colorants, de petites hélices, de carnets et de crayons, de tubes à essai ... 

«Si la nature a été chez nous parcimonieuse de la houille noire - par contre elle a été prodigue de houille blanche et il serait facile de démontrer que cela est préférable pour l'avenir.»Discours à l'assemblée, avril 1919

Le jeune Gilbert Planche est venu faire des mesures de débit des torrents et des relevés car il a une grande idée qui le suit partout. 

Pourtant cet homme au chapeau melon qui débarque de Grenoble, inquiète les habitants. N'est-il pas venu avec l'idée de détourner l'eau, de voler les droits d'eau, tellement utiles pour les moulins qui sont nombreux sur tous les torrents des Hautes-Alpes en cette fin de siècle ? Ne serait-il pas un espion à la solde des prussiens ? Toujours est-il qu'il sera ramené au train entre deux gendarmes, avec interdiction de se produire à nouveau par ici...

Il reparaît pourtant à L'Argentière et devient l'instigateur de travaux gigantesques, de conduites forcées qui dévalent les montagnes en captant l'eau des torrents, de tunnels et de barrages, de centrales hydroélectriques, d'une usine d'aluminium qui sera, quand la Première guerre mondiale éclate, la plus importante d'Europe, car elle fournit 6% de la production d'aluminium mondiale !

 

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Construite comme une cathédrale, cette centrale est un chef-d'oeuvre de l'architecture industrielle de l'époque. Elle est considérée comme l'aboutissement de l'oeuvre de Gilbert Planche.

Dans un premier temps, les concepteurs se sont inspirés des édifices religieux, et l'usine des Claux évoque un bâtiment monastique avec son grand corps de bâtiment rythmé d'arcades étroites, permettant de donner une grande régularité et beaucoup d'allure aux percements utilitaires, avec son toit à quatre pans dominé d'un lanterneau à verrière, et des avant-corps marquant le centre de chaque façade longue, l'un côté amont abritant l'entrée de l'édifice. *

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Insolite ce lanterneau, sur le toit de l'usine, utilisé tel un puits de lumière et qui signe la dimension quasi religieuse voulue par Gilbert Planche. 

Hélas l'histoire ne fait pas de cadeau... La centrale hydroélectrique des Claux à Pelvoux -Vallouise (à l'époque, Pelvoux) va être inaugurée en 1932.

Mais Gilbert Planche ne la verra pas. Il meurt en 1924. 

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La Centrale est toujours en activité, et abrite un Espace Muséographique, «De la glace à la lumière».

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Elle fut construite de 1929 à 1935 et exploitée par la Société d'énergie électrique du Briançonnais, dans un fond de vallée, au bout du hameau des Claux. Elle exploite l'eau du massif des Ecrins et comprend un dispositif d'alimentation (vannes et conduites), un bâtiment d'exploitation et un réseau de distribution de l'électricité produite (qui alimentait notamment le sanatorium du Bois de l’Ours à Briançon). *


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 Elle appartient à la première génération des usines hydroélectriques par lesquelles les maîtres d'ouvrage souhaitaient contribuer à l'essor des vallées de montagne, et les ingénieurs et les architectes ont cherché à transcender le seul aspect technique des ouvrages. Comment rendre une expression de puissance, dictée par le programme même, un impact social sur le développement de la vallée, une présentation harmonieuse dans un site dont la vocation touristique apparaît et s'affirme ?

Le bâtiment est dessiné dans l'esprit d'architecture développé dans le cours de construction des usines, rédigé par M. Espitallier et publié en 1920 par l'Ecole des travaux publics du bâtiment et de l'industrie.  

* Hélène Riblet, SDAP des Hautes-Alpes, 2006

 

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L’espace muséographique des Claux à Pelvoux présente la grande aventure de l’hydroélectricité dans le Pays des Écrins, de la glace à la lumière, mais aussi de sa naissance dans l’esprit d’un visionnaire à son aménagement à l’échelle régionale.

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Sont ainsi abordés, le développement de l’industrialisation de L'Argentière-La Bessée, puis l'homme Gilbert Planche, à l’origine de tout ceci. Les recherches et les travaux qui s'en suivirent. Comment la domestication de l'eau issue des glaciers nous apporte la lumière grâce à trois turbines. 

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La politique d’aménagement de la Durance met en évidence l’importance du Pays des Écrins avec son immense réserve d’eau, stockée au plus haut, dans ses glaciers. Cependant, le débit irrégulier des torrents au cours des saisons, ne permet pas d'utiliser cette énergie pour fournir l'électricité en autonomie au Pays des Ecrins...

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Le site comprend schématiquement :

• trois ouvrages de prise : une prise sur le torrent de Saint Pierre, une prise sur le torrent de Celse Nière, une prise sur le torrent de l’Eychauda,

• des ouvrages d’amenée : un ouvrage amenant les eaux de la prise de Celse Nière dans la prise de Saint Pierre, un ouvrage d’amenée de la prise de Saint Pierre à la cheminée d’équilibre, un ouvrage d’amenée de la prise d’Eychauda à la cheminée d’équilibre,

• une cheminée d’équilibre,

• une conduite forcée,

• une usine hydroélectrique,

• un ouvrage de restitution. La prise d’eau de Celse Nière est située en rive gauche du barrage. Le radier de la prise d’eau mesure environ 4 mètres de largeur par 15 mètres de longueur. Il est situé immédiatement à l’amont des grilles de la prise d’eau. Il est très sollicité par la chute et le passage de blocs de pierre.

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À l'époque, on sait fabriquer l'électricité mais pas la transporter. Les entrepreneurs vont donc se creuser la tête pour savoir qu'en faire ? À La Roche-de-Rame c'est Emile Niel qui aura l'idée de fabriquer "la nitrogène", uniquement avec de l'eau et de l'air ! Gilbert Planche conceptualise cette usine des Claux pour fournir l'électricité à l'énorme usine d'aluminium de L'Argentière. Rachetée par Pechiney, elle fermera ses portes dans les années 1980. Cette saga industrielle est également très liée à l'arrivée du train en 1884.

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L'usine reçoit de nombreux groupes scolaires qui viennent en classe de neige et s'entrainent à dessiner comme Gilbert Planche !

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Une pièce de turbine usée par l'eau

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Aujourd’hui, la centrale est à la fois un site industriel toujours en pleine activité, maillon du système de production hydroélectrique d’EDF, et désormais un espace muséographique accessible à tous, labellisé « Patrimoine du XXe siècle ». 
Le parcours de découverte mène jusqu’à l’ancienne salle des commandes, point d’observation de la salle des machines, toujours en exploitation.

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Un circuit « Pays des Écrins, Pays de l’Eau : De la glace à la Lumière » complète la visite de ce musée. Les 11 sites du parcours suivent le fil de l’eau des glaciers vers les centrales hydroélectriques.

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«J'espère qu'on se souviendra des efforts de Titan pour aménager les prises d'eau [...] là-haut dans les montagnes»

Gilbert Planche

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  •  L’espace est labellisé « Tourisme et Handicap » sous ses 4 formes (moteur, auditif, visuel et mental).
  • Horaires : Sur réservation uniquement, du lundi au vendredi de 10h à 12h et de 13h30 à 17h30.

https://www.paysdesecrins.com/decouvrir/incontournables/musees-et-patrimoines/musee-de-l-energie-hydroelectrique

Merci à Marie-Laure Marfoure, guide infatigable du musée !