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 Au-dessus de Briançon, sur la commune de Puy-Saint-Pierre, dort un petit cimetière où personne ne déposera de fleurs pour la Toussaint...

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Durant l'épidémie de peste de 1629-1631, particulièrement étendue en Europe et très meurtrière dans le Briançonnais, ce sentier vous aurait peut-être conduits vers une infirmerie de peste, qui, selon les archives, fonctionnait avec ce petit cimetière à près de 1,5 km du plus proche des hameaux de la paroisse de Puy-Saint-Pierre.

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 C'est le cimetière de Lariey ou Cimetière de la Peste.

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Le cimetière en pleine zone forestière se trouve à 1500 m d'altitude, il a fait l'objet de fouilles archéologiques en 2001 et 2002

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Le fonctionnement du cimetière semble avoir été tributaire de l'augmentation rapide des décès. Les sépultures les plus anciennes au nord sont individuelles, au centre des inhumations doubles furent mises en place et enfin des ensevelissements multiples sont découverts près de l'entrée.

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Hormis une croix signalant l'espace sépulcral (remplacée au moins à trois reprises),

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On n'a retrouvé que quelques amas de pierres placés sur les corps. La fouille exhaustive du cimetière, a livré 34 individus, 17 jeunes et 17 adultes, avec autant de femmes que d'hommes. 

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron

(Jean de La Fontaine)

Fait relativement exceptionnel, l’existence de cet ensemble funéraire particulier et sa localisation étaient demeurés vivaces dans la mémoire collective locale, l’endroit étant resté jusqu’à une époque récente (milieu du XXème siècle) un véritable lieu de commémoration. 

 

 photo M.Signoli©

Cliché : © M. Signoli

La peste touchant tous les individus sans distinction d'âge et de sexes, l'étude des cimetières de la peste représente au mieux l'état sanitaire et même social d'une région, à une époque précise. Ici, deux enfants âgés respectivement de 5-9 ans et 10-14 ans ont été retrouvés dans cette position de décubitus latéral, se faisant face, leurs visages accolés l'un à l'autre dans une attitude de baiser, l'un reposant dans le bras de l'autre...

Stefan Tzortzis et Catherine Rigeade (Revue Etudes sur la mort 2009/2 Le cimetière) écrivent ceci : Leur perte brutale par la maladie peut être vécue non pas comme une fatalité, mais comme une tragédie d’autant plus injuste qu’elle frappe des êtres ayant tout juste franchi « l’épreuve » de la petite enfance, ce qui les engageait réellement dans l’existence. N’ayant pu les sauver, ne pouvant continuer à les guider et à les protéger dans la vie, les adultes expriment par un geste funéraire symbolique la volonté de ne pas les laisser affronter tout seul la mort. Ils les ont par conséquent inhumés ensemble, le regard tourné l’un vers l’autre, le plus grand semblant réconforter le plus petit, dans une attitude évoquant la tendresse, qui est sans nul doute le propre de l’enfance. 

Ce qui permet de penser que le traitement des morts de la peste était ainsi motivé par des considérations symboliques sur l’enfance et la mort bien plus complexes que la simple nécessité de se débarrasser de cadavres pestiférés, qui constituent l’une des caractéristiques du cimetière de la peste de Lariey.

Médecin en 1656 avec son masque caractéristique de l’époque de la peste.

  

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Sources : 

 https://www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2009-2-page-53.html?fbclid=IwAR0S0f8AOkoxZQePoYIZRjZSdz4CsHe9tzcMX2G3_L5l_5scCik-0VIQ_c4

 https://www.agha.fr/neo/?La-peste-a-Gap-en-1630