l'argentière

Elle m’a tirée par la manche toute la matinée : Et c’est quand qu’on va promener ? Hein ? C’est quand ?

Après le déjeuner on a pris le petit vélo rose, on a dévalé la rue en faisant bien attention, en montrant que l’on savait actionner les freins du petit vélo rose.

Puis on a longé la Durance sur le chemin en rive gauche jusqu’au grand pont métallique. À fond.

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On a traversé le pont, avec un bruit de roulement métallique. On s’est arrêtées pour regarder par-dessus le parapet, la rivière qui descendait bruyamment du village et on a filé vers l’ancienne zone industrielle. Une rue déserte de western, des bâtiments d’usine, des toits rouillés, de hautes barrières de grillage, des tas de sciure dans des cours sales, une très haute tour. Dans la perspective de la flèche d'une grue, le massif du Montbrison avec ses couleurs de minerai d’avant la pluie dans un ciel aquarellé de gris. Dans un espace fermé de grilles, d’immenses bobines en bois, des tuyaux annelés bleus électriques et des câbles, des câbles, encore des câbles. Fixé contre un mur d’usine, un drôle de mécanisme rouillé, « Permis de feu obligatoire » écrit en lettres de peinture rose sur fond rouillé.

Minuscule sur son petit vélo, elle pédale à toute vitesse entre deux murs majuscules.

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Elle a freiné. Brutalement. A jeté le vélo en regardant droit devant elle, déterminée.

Elle m’a appelée en silence avec sa petite main qui me faisait signe, sans se retourner. Elle était accroupie. En m’approchant, j’ai vu de plus en plus distinctement, une fourrure rousse, de grandes dents au bout d’un petit museau, une queue, une boule de poils.

Une marmotte était-elle venue se perdre ici, dans la zone industrielle ? Ou attendait-elle le passage du petit vélo rose ?

le baiser de la marmotte