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Femmes de Saint-jean-Saint-Nicolas tricotant pour les soldats du front pendant la Grande Guerre (photo du livre Vivre la guerre dans les Hautes-Alpes, sous la direction de Gaël Chenard et Pierre Spitalier, Editions Privat, 2014)

Chaque année depuis 4 ans, Hautes-Alpes insolites célèbre la journée des femmes à sa manière... Cette année, un peu d'histoire de cette manifestation et un retour sur les femmes des Hautes-Alpes, dans leurs luttes et leurs talents...

Le cortège devant le bâtiment des employés. En arrière-plan, on distingue le bâtiment du peignage et la maison du directeur. Les femmes sont très présentes et leur rôle est toujours important dans les grèves. Elles sont souvent le moteur des actions les plus revendicatrices.

"La Journée internationale de la femme puise ses origines dans des manifestations de femmes du début du XXe siècle, réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les sexes", nous apprend l'institution sur le site de l'UNESCO. 

En août 1910, l'Internationale socialiste des femmes, à l'initiative de Clara Zetkin, décide de célébrer la première Journée internationale des femmes. La date du 9 mars 1911 est choisie pour des rassemblements et des manifestations afin de revendiquer le droit de vote des femmes, le droit au travail et la fin des discriminations au travail.

La journée sera officialisée par les Nations Unies en 1977 !

J'en entends qui crient haut et fort qu'une journée ne suffit pas... Il ne s'agit pas, ce jour-là, de se faire offrir des fleurs ou de voir les hommes faire à notre place les travaux ménagers ! Effectivement, dans ce cas, un jour par an, c'est très insuffisant ! Cette journée est l’occasion de revendiquer l'égalité et de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. 

Et dans les Hautes-Alpes ? 

Les femmes haut-alpines ont de tout temps été présentes dans tous les travaux paysans (culture, élevage) mais aussi, comme les hommes, dans des emplois d'ouvrières, afin de ramener un peu plus d'argent à la maison... Le début du XXe siècle, avec la Grande Guerre, va faire "prendre conscience à l'humanité de sa moitié", écrit-on le 1er janvier 1919 dans La Vie féminine.

Le 30 janvier 1907 débute une grève très dure à l’usine de La Schappe de Briançon. Le conflit durera jusqu’au 2 mai de la même année. Les femmes sont très présentes et leur rôle est toujours important dans les grèves. Elles sont souvent le moteur des actions les plus revendicatrices. En règle générale, un homme touche 2 fois plus qu'une femme et 4 fois plus qu'un enfant !

Quelques exemples de salaires pratiqués à l'usine de La schappe en 1907 :

Déballage : Homme : 2,75 francs, femme : 1,25 francs

Décreusage : Homme : 3,00 francs, femme : 2,00 francs

Cardage : Homme : 3,00 francs, femme : 2,00 francs

Peignage : Homme : 4,00 francs

Epluchage : Homme : 3,00 francs, femme : 2,00 francs

Etalage : Homme : 3,25 francs, femme : 1,75 francs

Quelques témoignages d'ouvrières :

"On avait des visiteuses, bien sûr, qui regardaient. [...] Moi, je suis arrivée une fois en retard à 1’usine, eh ben, on m’a fait appeler au bureau. Alors au bureau, y avait le directeur, M. Vial. Alors je me suis excusée, j’ai dit : « Monsieur, je m’excuse, y avait des mauvais chemins, on a pris du retard. Ah, il m’a dit : « Madame, je rentre pas dans ces histoires ; vous êtes arrivée en retard donc vous allez avoir une punition.» Et je sais pas si y m’avait mis à pied trois jours. J’étais pas payée. Oh, c’était sévère hein, c’était même TRÈS SÉVÈRE. Y a une fois, moi, je tournais la tête comme ça puis il était passé le directeur avec la surveillante, deux surveillantes dans l’allée et qui surveillaient à droite, à gauche. Et les ouvrières travaillaient. Eh ben moi, je m’étais retournée un moment, seulement à ce moment-là le directeur qui était entre ces deux femmes il est venu me trouver et tu sais ma punition, ce qu’elle m’a valu ? On avait des chaises pour s’asseoir, hautes ; eh ben, il m’a enlevé ma chaise pendant un mois. Voilà ma punition ! Alors il m’a dit : « pourquoi, vous vous êtes retournée? » J’ai dit : « Ben, j’ai tourné la tête comme ça ! » Eh bien, vous n’aviez pas le droit de retourner la tête. Vous aviez qu’à faire votre travail. Voilà."

« La cantine nous nourrissait et nous logeait. Le lever était à 5 h, toilette à l’eau froide aux lavabos, et une fois par semaine, le soir, la douche. Le petit déjeuner était composé de soupe au lait, avec riz ou pâtes, le midi, pâtes ou riz avec mortadelle, pain et eau, le soir une soupe épaisse de lentilles ou de pois cassés ou de fèves avec des pommes de terre. C’étaient des dortoirs de quinze, certaines étaient en chambre de trois ou quatre en ville, mais elles avaient mauvaise réputation. »

« A six heures du soir il y avait une cloche qui sonnait, fallait pas avoir du retard, sinon on était puni. Mais la punition c’était pas grave, le 14 juillet ou le 15 août au lieu d’avoir la permission de 10 heures, on pouvait pas. C’était pas grave. Oui, on allait danser au Pont-deCervières, « Au Câble » qu’on appelait. C’était un café- restaurant, on dansait et c’était près de l’usine, c’était là où il y avait les cités Barbot. On allait à Pont-de-Cervières parce que c’était près et on entendait la cloche à six heures. On l’appelait « Le Câble » parce qu’il y avait un câble de transpor t qui menait au For t des Têtes. »

Et en 2017 ?

Aujourd'hui, Le CIDFF 05, association loi 1901, a une mission d’intérêt général d’information des femmes et des familles sur leurs droits.

Appartenant au réseau national des CIDFF, le CIDFF05 remplit ses missions selon les principes établis par la Charte Nationale des CIDFF.

Ces missions sont définies selon trois grands axes :

1) L’accès au droit.

2) L'accompagnement vers l'emploi

3) La lutte contre les violences faites aux femmes.

 

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Ce mercredi 8 mars 2017 à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, 11 structures, principalement associatives, mobilisées par la déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes, proposeront une grande journée à destination du public afin de :

  • lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes,
  • s’interroger sur les stéréotypes,
  • mettre à l’honneur des femmes.

De nombreuses animations pour tous les âges seront proposées au pôle universitaire et dans les rues de Gap : expositions, conférences, théâtre forum, jeux, rencontres, quiz, micro-trottoir, chiffres-clés, témoignages.

Le programme :

http://www.hautes-alpes.gouv.fr/IMG/pdf/flyer-a5.pdf

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Quelques femmes mises à l'honneur sur ce blog :

http://sylviedamagnez.canalblog.com/archives/journee_des_droits_des_femmes/index.html

P1100404

La liseuse (détail), sculpture de Cyril de la Patellière, Place Alsace-Lorraine, Gap