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"Il est des pierres que l'on ramasse depuis la nuit des temps, des pierres dures et obstinées, des pierres que l'on assemble au cours des siècles et qui, un jour, deviennent une âme et se mettent à chanter. Mère Eglise est de ce chant de la terre, rude, austère, droite et vaillante comme le Dévoluy dont elle est la perle."

Ce très beau texte d'une habitante de Saint-Didier-en-Dévoluy, Geneviève Laviolette, résume en deux lignes l'émotion ressentie quand on pénètre dans ce massif calcaire du Dévoluy, bien différencié des régions voisines, entouré de hautes falaises, bordé par le torrent du Drac et par le Buëch, au climat rude, avec ses eaux qui disparaissent dans des chourums (gouffres) et des fractures pour réapparaître aux Gillardes en permanence, et au Puits des Bans, de manière intermittente. 

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Il y a de la magie dans ce lieu, dans cette petite église romane rurale, un des plus anciens monuments des Hautes-Alpes, relevée de sa ruine certaine dès 1968 par la volonté de l'Association des Amis de Mère Église (AAME), avec ses toits d'absides en chaume, son beau clocher de pierres, son petit cimetière, les restes de ses murs d'enceinte fortifiée, la vue sur toutes les entrées du Dévoluy... 

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Les chartreux de Durbon et les chartreusines de Bertaud possédaient une bonne partie du Dévoluy et ont laissé les plus vieux documents disponibles sur le Dévoluy.

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Autour de l'église, des ruines laissent penser qu'ici il y eut un castrum ou camp fortifié. Elle aurait été construite au XIe siècle, mais une construction païenne antérieure pourrait être contemporaine des tombes en bâtière (VIe-VIIIe s.) mises à jour sur le site en 1968 (photo : AAME)

 

 

 

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L'église au début du XXe siècle. (ADHA, fonds Abeil6 Fi 1705)

L'église primitive était constituée d'une nef unique (avec ou sans chapelle adjacente), avec des murs en petits moellons. Elle possédait une abside en cul de four. Son chevet regarde vers le levant, le côté exposé au nord ne possède aucune ouverture, le cimetière est autour du chevet. "On est enseveli sous la protection du clocher et prêt à se lever pour le Jugement dernier" (Leriche-Andrieu F., Initiation à l'art roman, éd. Zodiaque, 1984).

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"L'innovation capitale de l'architecture romane est le remplacement de la charpente en bois par la voûte de maçonnerie pour couvrir les édifices religieux." (Gimpel Jean, Les Bâtisseurs de cathédrales, éd. du Seuil, 1959). 

La nef de notre église sera donc coiffée d'une voûte en pierre, mais la voûte se déforme et induit des actions mécaniques latérales qui écartent les murs. Ce qui explique les contreforts extérieurs, qui attestent des efforts entrepris pour contrebuter la poussée de la voûte. Les ouvertures sont étroites, en forme de meurtrières. 

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Le clocher en pierre est percé de baies géminées (par deux). Il était couvert par une toiture en bâtière qui fut remplacée par une flèche au XIV-XVe siècles.

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Les lucarnes de la flèche 

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sont ornées de sculptures...

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 La cloche Jésus-Maria de Sauveterre daterait de 1737.

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La toiture est couverte de lauzes et c'est du chaume qui couvre les deux absides, autrefois de seigle, 

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 aujourd'hui de roseau de Lozère. 

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L'église, pour assurer sa mission de refuge, possédait des éléments de fortification. Commencé avant l'an Mil, l'usage se poursuit au cours des siècles. Il n'en reste presque rien aujourd'hui. Un haut mur de défense s'élevait jusqu'aux baies géminées du clocher. (Huignard et Thirion le signalent). Il ne demeure que leurs substructions.


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 Les églises médiévales étaient entourées de leur cimetière clôturé. Aujourd'hui, Mère Église est séparée de son cimetière par un épais mur, reste du mur de défense. Des ossuaires, des tombes en bâtière, ont été retrouvés...

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Du sous-sol de l'église cinq squelettes avec des restes de bure, ont été exhumés. La grande variété des sépultures et de leur mobilier, suggère une longue période d'occupation de cette nécropole. Seule une partie du cimetière a fait l'objet de fouilles.

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Un alpiniste célèbre a sa tombe ici : René Desmaison. Né dans le Périgord et mort à Marseille, il avait souhaité qu'on dépose ses cendres dans ce cimetière, dominant le village de Saint-Disdier, porte d'entrée du massif du Dévoluy, qu'il affectionnait pârticulièrement...

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Un piton d'escalade est posé sur sa tombe...

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Article rédigé grâce aux guides qui offrent une visite commentée, chaque mardi et jeudi à 15h en juillet-août et au livret édité par l'AAME : Mère Église en Dévoluy (L'Edition à façon, Isabelle Mercier, Forcalquier 04300).

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