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En montant sur la route du col du Noyer, je pensais trouver un refuge identique aux autres refuges Napoléon, ceux des cols de Manse, Izoard et Vars, car ils sont tous construits sur le même modèle. Il n'en est rien et chaque col est différent !

Sur les six refuges Napoléon construits au milieu du XIXe siècle dans les Hautes-Alpes, quatre existent toujours. Celui du col Lacroix est une ruine et celui du col Agnel a complètement disparu.

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Napoléon Ier, dans son testament, lègue la moitié de son domaine privé « aux villes et campagnes d’Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, d'Île-de-France, de Champagne, Forez, Dauphiné qui auraient souffert par l’une ou l’autre invasion ». Trente-quatre ans après la mort de son aïeul, Napoléon III chargera une commission d’interpréter son testament et de répartir les fonds disponibles. Les Hautes-Alpes feront partie des 26 départements à recevoir 50.000 francs. C'est ce que démontre Jean-Pierre Jaubert dans son livre "Napoléon, 4, 5, 6 mars 1815 : des témoins racontent". Il tord ainsi le cou à une idée reçue selon laquelle Napoléon Ier aurait fait don aux Hautes-Alpes d’une somme pour que soient édifiés des refuges sur les cols des Alpes qu'il emprunta pour remonter de lÎle d'Elbe. 

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Choisir de les explorer chacun avec une saison différente, c'était aussi découvrir ou revisiter ces cols mythiques des Hautes-Alpes à chaque saison... Ces cols qui furent des lieux de passage et donc de communication entre les hommes au long des siècles, souvent dans des conditions pour le moins périlleuses... Le col du Noyer est un passage entre Champsaur et Dévoluy. D'une altitude de 1 664 m, il est situé entre le Pic Ponsin et la Tête du Tourneau. Il franchit l'arête orientale du massif calcaire du Dévoluy. La route du col reste fermée près de 6 mois par an du fait de l'enneigement et de fréquentes chutes de pierres.

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La route qui emprunte le col fut construite dans les années 1850 en remplacement du sentier muletier. Elle favorisa des contacts privilégiés de la vallée du Devoluy avec celle du Champsaur. La présence au col de l'un des 6 refuges Napoléon construits en 1858, témoigne de l'importance qu'avait cette route à l'époque.

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On peine à imaginer ces hommes qui, jusqu'en 1900, empruntaient chaque jour cette route entre Saint-Bonnet-en-Champsaur et Saint-Etienne-en-Dévoluy (environ 50 km aller-retour) pour transporter courrier, marchandises, argent, commissions orales, et servaient souvent de guides avec la neige abondante et le vent du nord glacial en hiver.

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Ce refuge est différent des trois autres encore debout. Était-il ainsi dès sa construction ou a-t-il été remanié à la suite d'avaries ? Il est plus petit et a été reconverti en bar-restaurant-boutique de souvenirs. Il est ouverte en juillet-août. Le voici avec quelques fleurs de prairies, la végétation est pauvre ici, bien que le refuge soit à seulement 1660 m d'altitude.

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Avec l'ouverture routière du col du Festre à la fin du XIXe siècle,  l'utilisation du col du Noyer devint peu à peu désuète, et les habitudes se perdirent. La route, récemment dotée d'un nouvel enrobage, a une fonction essentiellement touristique et cycliste.

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Le printemps 2016 est souvent visité par les nuages qui se sont accrochés au relief et ont léché les arrêtes grises et la pelouse bien verte...

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Voici la route du col du Noyer, côté Champsaur.

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Et la vue sur la magnifique vallée du Champsaur...

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Quelques fleurs s'accrochent à la roche...

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Et les belles nuances de vert de la "plaine" du Champsaur... terre d'élevage.

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Pour terminer cette série, une photo des ruines du refuge Napoléon du col Lacroix (Queyras). Photo : Paul Maurice

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En bleu, le tracé du col

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Le refuge Napoléon du col de Vars en été

Le refuge Napoléon du col d'Izoard en automne

Le refuge Napoléon du col de Manse en hiver