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Val-des-Prés, c'est aussi le village d'Emilie Carles, femme engagée et auteure du livre "Une soupe aux herbes sauvages", sans qui la Vallée de la Clarée serait aujourd'hui traversée par une autoroute. Sur cette photo on peut voir, outre l'église au fond, à gauche la maison d'Emilie avec ses arcades à l'italienne, devenue propriété de la commune, et un "oratoire" élevé par son fils à la mémoire d'Emilie et Jean son mari, à droite. Je mets des guillemets au mot "oratoire" car Emilie était athée et cet édicule enferme une simple plaque où on peut lire : A LA MÉMOIRE D'EMILIE CARLES NÉE ALLAIS, 1900-1979 ET JEAN CARLES 1899-1962. Sans doute pour suppléer à l'absence de tombe au cimetière, Émilie ayant offert son corps à la science.

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Nous retournons donc dans l'église Saint Claude, pour photographier l'horloge et les trois cloches...

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 "Déposée" et exposée dans l'église près de la porte, il s'agit d'une horloge Arsène Cretin L'Ange, horloger à Morbier, Jura.

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Les initiales Arsène Cretin L'Ange et la date sur l'horloge. Le châssis est numéroté. 

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Le mécanisme fabriqué en 1895 est resté en place dans le clocher jusqu'en décembre 1990, il fut remplacé par un système radio-électrique relié à l'émetteur France-Inter d'Allouis.

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Et la petite pièce du clocher où elle a fait toute sa carrière.

Après avoir gravi des escaliers sombres, raides et poussiéreux (comme dans tous les clochers), il faut enjamber l'huis et continuer par cette échelle...

On peut voir la "tringlerie" qui actionne les aiguilles des deux cadrans de l'église.

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Deux cadrans peints, comme celui de gauche, par Evelyne Rey-Peyrot, peintre de cadrans solaires. Celui de droite est l'ancien cadran en tôle peinte, conservé dans le local du matériel communal.

 

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On arrive dans ce superbe clocher de pierre, qui fut restauré après être descendu de deux mètres lors du tremblement de terre de 1903... (cliquer sur les images pour les agrandir)

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Les trois cloches.

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La plus grosse cloche date de 1891. Elle a un diamètre de 1,013 m et pèse 660,8 kg . Elle a coûté 1696,80 F et a été fondue par Burdin Ainé à Lyon.

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En 1891, une cloche coûte 3,80 F le kg. (voir la facture ci-dessus)

P1270402Depuis 1736, il y avait au clocher de l'église de Val-des-Prés, une cloche sonnant assez bien, fondue par Monsieur Vallier de Plampinet. Après avoir servi pendant 107 ans, elle est fêlée et fendue le 7 juin 1873, au moment d'un carillon. On recourt à la générosité des habitants de la commune et de la paroisse et une nouvelle cloche est fondue par Victor Vallier, pour la somme de 400 F pour sa main d'oeuvre, toutes les autres dépenses restant à la charge de la paroisse elle-même. La cloche fondue En 1874 par M. Vallier dans de mauvaises conditions, est de nouveau cassée le 2 novembre 1890.

Une fêlure s'est produite au bord inférieur droit qui lui a ôté tout son. M. Vallier étant décédé et aucun autre fondeur ne se trouvant dans le pays, force a été heureusement de l'envoyer fondre ailleurs...

Elle a été bien réussie et sonne très bien. Le 8 septembre 1891 a eu lieu après la grand-messe, la bénédiction de baptême de la grande cloche. Voici l'inscription de la nouvelle cloche :

Maria Immaculata ora pro nobis à la plus grande gloire de Dieu et en l'honneur de Saint Claude patron de la paroisse Parrain Fourrat Jean-Marie. Marraine Mme Fourrat Jean-Marie, née Goubet Marie ; M. Fourrat Joseph Isidore Maire de la commune, M. Estienne Joseph Frédéric, curé de la paroisse.

   

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Tout à côté de la grosse cloche Burdin de 1891, voici la cloche qui date de 1526, probablement la plus ancienne encore en fonctionnement dans le département. Hélas, on ne la ménage pas : elle sonne en volée électrifiée, contrairement aux deux autres (1801 et 1891) ! Cette cloche n'est ni classée ni inscrite, selon la base Palissy. Elle ne porte pas, comme beaucoup de cloches de son époque, le nom de son fondeur.

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Voici un document qui recense les figurines et inscriptions de la cloche, réalisé par Dominique Dion, passionné et ami du "Projet Horloges d'Altitude".

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Une énigme est apparue sur cette cloche : la date en chiffres romains difficilement déchiffrable... Interrogé sur ce mystère, Eric Sutter, Président de la Société Française de Campanologie, nous a répondu (une petite leçon de "paléographie campanaire !" avec le concours de Clément Noual, diplômé de l'Ecole des Chartes) : 

Les abréviations que l'on voit sur la cloche sont tout à fait ordinaires ; au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, les gens n’utilisaient pas forcément le système classique des chiffres romains tel qu’on l’apprend maintenant.

Ils utilisaient des abréviations pratiques pour prendre moins de place et écrire plus vite, au moyens de lettres suscrites. La lettre peut-être suscrite de deux façons : en exposant après la première lettre, ou au-dessus, dans les deux cas en plus petit caractère. Il peut y avoir plusieurs lettres suscrites.

La date était souvent précédée de deux abréviations, comme sur la cloche de Val-des-Prés : AO DI pour Anno Domini« l’an de Notre Seigneur »

-          VC : « V » pour « 5 », et « C » pour signifier que c’est en centaine, donc : 500

-          MO : pour millesimo, donc mille. 

Donc : AO DI pour Anno Domini, MO : pour mille, VC pour 500, XX VI pour 26 :

L'an de Notre Seigneur 1526

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La troisième cloche est la plus petite et la plus haut-perchée est dédiée à Sainte Anne. Elle date de 1801, a été fondue par les fondeurs Vallier de Plampinet et Gautier de Forville. Elle sonne le sol, mesure 44,5 cm de diamètre et pèse environ 55 kg.

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Avant de redescendre, une dernière vue sur Val-des-Prés et la Clarée, serpent de lumière qui traverse les villages, se chargeant des joies, des peines, de la naissance à la mort, avec le son des cloches qui s'appellent et se répondent...

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A voir également :

La visite de l'église de Val-des-Prés

Un grand merci à :

Denis Vialette (coordinateur du Projet Horloges d'Altitude),

Bernard Prunier (président de l'association de sauvegarde de l'église de Val-des-Prés),

Eric Sutter (président de la Société française de campanologie),

sans oublier Yolande Courouble !