Mes bons messieurs, mes bonnes dames,

N'oubliez pas le rémouleur !

Les couteaux, les ciseaux, les lames,

Grâce à moi tout devient meilleur.

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Jadis, en la paix des familles,

Ma meule chantait sa chanson ;

J'aiguisais serpes et faucilles

Pour la vendange et la moisson.

Mais un jour, pour un peu de terre,

Deux tribus en vinrent aux mains.

J'aiguisai la faux de la guerre :

La faux moissonna les humains.

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Ce que j'en ai fourbi d'épées !

Un peuple après l'autre s'en sert.

Bon Dieu! si les têtes coupées

Pouvaient parler, quel beau concert !

Chacune à mon art rendrait grâces

D'avoir tranché vif leur orgueil

Et tous les préjugés de races,

Qui ne font la paix qu'au cercueil.

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Bref, je rendis un tel service

Au monde en purgeant son péché,

Qu'au nom de la Loi, la Justice

M'a remis son glaive ébréché.

C'est un couteau triangulaire ;

Ca vous coupe la jugulaire :

On n'a pas le temps de souffrir.

Je l'ai poli.

C'est un plaisir.

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Ma meule a soif, et mon eau s'use.

Ma meule a soif ; l'eau va tarir.

Voici bien des ans que l'eau fuse

Sur la pierre pour l'attendrir.

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Sans eau, comment tremper les armes ?

Vous tous, qui voyez mon malheur,

Versez goutte à goutte vos larmes

Sur la meule du rémouleur.

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Mes bons messieurs, mes bonnes dames,

N'oubliez pas le rémouleur !

Les couteaux, les ciseaux, les lames,

Grâce à moi tout devient meilleur.

 

La chanson du rémouleur Auteur : MAURICE BOUKAY  Compositeur : MARCEL LEGAY 

Charrette de rémouleur de Henri Disdier, rémouleur à Briançon en 1957, trouvée dans l'atelier de marqueterie de Eric Louvet, à Briançon, avec l'agenda du rémouleur et le prix (en ancien francs) pour l'affutage de couteaux, ciseaux, couteaux de cuisinier, de poche... Car c'est un art de rendre à une lame un tranchant utile. Sinon, elle coupe mal, déchire les fibres, demande des efforts à l'utilisation. On peut ainsi lui donner un comportement spécifique pour une application donnée : rasage, sculptage du bois, coupe de matéraiux fibreux comme la corde. Le fil devra avoir un rayon de courbure faible, une arrête vive, être parfaitement aligné, quelques stries pour le sciage, un poli irréprochable pour le rasoir ou la hache... On choisira l'angle du fil de la lame en fonction de l'utilisation qu'on lui donnera. Un angle faible donne un fil très coupant, mais fragile ; un angle obtus donne un fil moins coupant, mais plus robuste. Le choix de l'angle dépend aussi du matériau que l'on travaille. Pour un ciseau à bois par exemple, on choisira un angle plus faible pour du bois tendre et plus important pour des essences dures. Un angle important est aussi préférable si on utilise le ciseau avec un maillet. 

En 2007 il restait encore 6 ou 7 rémouleurs à Paris. Quand ils prendront leur retraite, ils ne seront sans doute pas remplacés...

Quand les beaux métiers se rejoignent, l'un au service de l'autre, l'un pour la mémoire, l'autre pour la  passion...