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Roche grise, arbres jaunes, herbe verte.

Aujourd'hui, l'eau du lac de La Roche de Rame est grise, jaune et verte.

Dans la passé, écrit Louis Reynaud dans "Notre Ristouras"(1), on racontait que le lac était autrefois occupé par un village aux moeurs scandaleuses, quand l'ange Gabriel vint avertir, non pas Loth, sa femme et ses deux filles comme dans la disparition de Sodome et Gomorrhe, mais l'unique femme juste de cette population débauchée, qu'elle devrait s'enfuir avant l'aube avec son enfant et ne surtout pas regarder derrière elle, sous peine d'être changée en rocher. Hélas, la femme, se retourna au fracas de l'enfouissement du village et fut instantanément pétrifiée, ainsi que l'enfant qu'elle portait dans ses bras. Cette histoire trouvait sa justification dans le "Rocher de la femme", qui trône sur une colline au-dessus du lac et ferait partie de l'énorme écroulement intervenu après le retrait des grands glaciers de la Durance, qui laissa par hasard un gros chapeau sur le rocher de dessous et fait penser à une femme assise. 

Cette version de la création n'était pas du tout du goût du Curé Pascallon, qui écrivit dans le Registre de la Paroisse (2), sa profonde réprobation :

"C'est de la superstition, c'est de la bêtise !"

C'est lui qui donne une description détaillée des lieux, dans les années 1840, avec probablement les premiers sondages de profondeur connus. "...Avec Mr Garcin, l'instituteur communal, nous l'avons traversé trois ou quatre fois sur la glace, nous avons percé par le moyen d'une petite hache la glace à quatre endroits diférents; nous avions un cordeau en laine et nous avions fixé un plomb de scieur de fond au bout."

Les deux hommes trouvent des profondeurs de quatorze mètres et demi et quinze mètres. Ces campagnes de bathymétrie ont été confirmées depuis par deux autres organismes (Centre Camille Julian,CNRS et CEREGE), et en 2004 de nouveaux sondages furent effectués pour une thèse de Doctorat sur la végétation et le climat d'autrefois (Susan Richer, 2009).  On trouva un fond bien plat, suivi de d'une quarantaine de mètres de sédiments, accumulés depuis la fonte du premier grand glacier, il y a environ 10 000 ans. Ce lac, d'une superficie d'environ 0,6 km² s'est probablement formé des derniers deux millions d'années de l'Holocène, dans des roches calcaires dolomitiques datant du Trias (205-245 millions d'années) au Crétacé supérieur (65-95 millions d'années).

Légende et histoire géologique de la nuit des temps tendent à épaissir le mystère et la fascination de ce lac, miroir profond, surpernante oeuvre impressionniste...

Poissons, batraciens,  mollusques, libellules et autres insectes cohabitent ici. Thécla des prunelliers, cicindèle hybride, Mylabre variable, cétoine dorée, Bombyx de la ronce, crapauds, pour ne citer qu'eux et les Anodontes (3), moules d'eau douce trouvant leur origine dans la Préhistoire. 

Le lac offre des perspectives aux couleurs du temps, une symétrie du monde, le ciel et la roche le sondent chaque jour, les saules y mêlent leur chevelure changeante.

"Celui qui se penche sur le sein de l'eau voit mille chose belles : des herbes, des poissons, des fleurs, des grottes, des galets, des racines d’arbres, et en imagine plus encore."  Extrait du prélude de Wordsworth, cité par Gaston Bachelard, in L'eau et les rêves.

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(1) :Notre Ristouras N°4, janvier 14. Bulletin de l'Association Patrimoine de La Roche de Rame

(2) : Registre de Paroisse, 1841-1911, Association Patrimoine de La Roche-de-Rame, 286 p., 2012.

(3) : Notre Ristouras N°5, avril 2014. Bulletin de l'Association Patrimone de La Roche-de-Rame

Vallouimages Le site de Paul Billon-Grand

D'autres photos du lac ICI