Née à New York en 1926, Vivian Maier mourut à Chicago en 2009, dans l’anonymat. Sa mère était française, originaire de Saint-Julien-en-Champsaur (Hautes-Alpes).

La terre du Champsaur ne pouvant plus nourrir la surpopulation, 5000 champsaurins ont émigré aux Etats-Unis entre 1846 et 1933. Pour leur survie.  

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John Maloof

En 2007, John Maloof, un jeune agent immobilier de 25 ans, président d'une société historique locale et à la recherche de photographies pour illustrer un livre qu'il coécrit sur le quartier de Portage Park à Chicago achète pour 400 dollars le plus gros lot de négatifs (30 000 négatifs, des dizaines de rouleaux de pellicule et seulement quelques tirages réalisés dans les années 1950-1960). Il n'y a pas d'images de Portage Park. Déçu, John Maloof remise son achat dans un placard.

En 2009, il prend conscience de la valeur artistique de ces photos, trouve les acquéreurs des autres lots de négatifs  et commence le tirage de plus de 100 000 négatifs. Il découvre dans un des cartons, une enveloppe d’un laboratoire de photo portant le nom de Vivian Maier écrit au crayon. Il tape ce nom sur internet et tombe sur un avis de décés paru quelques jours plus tôt dans le Chicago Tribune. 

Maria Jaussaud née le 11 mai 1897 à Saint-Julien-en-Champsaur, Hautes-Alpes épouse Charles Maier, un américain d'origine autrichienne.  De cette union naissent deux enfants, d'abord un garçon, Charles William, en 1920, puis une fille, Vivian Maier, née le 1er février 1926 à New-York. Les parents se séparent  en 1929. Le garçon est confié à ses grands-parents paternels, et Vivian reste auprès de sa mère, qui trouve alors refuge auprès d'une amie qui réside dans le Bronx, Jeanne Bertrand, née en 1880 non loin de la vallée du Champsaur et  photographe professionnelle reconnue.

Retour dans le Champsaur.

Jeanne Bertrand fait découvrir à Maria et à sa fille sa passion pour la photographie et en 1932 ou en 1933, les deux femmes et Vivian reviennent en France pour s'installer d'abord à Saint-Julien, puis à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Une partie de l'enfance de Vivian se passe donc en France, de ses six ou sept ans à ses douze ans. Elle parle le français et joue avec les enfants de son âge. Sa mère, Maria, prend quelques photos qui sont autant de témoignages de leur séjour.

Maria Maier et sa fille âgée de 12 ans rentrent aux États-Unis en 1938.  Vivian Maier, jeune adulte de 24-25 ans, revient dans le Champsaur pour vendre aux enchères une propriété qui lui a été léguée. En attendant la vente, Vivian parcourt la région, rend visite aux membres de sa famille et par tous les temps fait de nombreuses photos avec ses deux appareils en bandoulière.

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De New-York à Chicago

La jeune femme repart pour New York en 1951 et entre au service d'une famille de Southampton comme nounou. Elle s'achète un excellent appareil photo, un Rolleiflex de professionnel. Elle restera dans cette famille pendant la majeure partie de son séjour à New York avant de s'établir définitivement en 1956 à Chicago où elle poursuivra son activité de gouvernante pour enfants.

Vivian Maier a 30 ans à son arrivée à Chicago où elle est engagée par Nancy et Avron Gensburg pour prendre soin de leurs trois garçons : John, Lane et Matthew. C'est ce métier qu'elle exercera presque jusqu'à la fin de sa vie. Chez les Gensburg, elle dispose d'une salle de bain privée qui lui sert aussi de chambre noire où elle peut développer ses négatifs et ses films. Elle donne libre cours à sa passion pour la photographie car, dès qu'elle le peut, elle part photographier dans la rue la vie quotidienne de ses habitants, les enfants, les travailleurs, les gens de la bonne société comme les malheureux, aveugles mendiants ou marginaux.

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Autour du Monde

Tout en restant au service de la famille Gensburg, la famille ayant pourvu temporairement à son remplacement, elle entreprend, seule, pendant 6 mois, en 1959-1960, un voyage autour du monde : elle se rend au Canada, en Egypte, au Yémen, en Italie, à Bangkok… et effectue un dernier séjour dans le Champsaur qu'elle sillonne à vélo et où elle prend de nombreuses photos, que personne là-bas n'a vues. Secrète, elle n'a jamais dit aux Gensburg où elle était allée. C'est de cette famille, qu'elle a connue dès son arrivée à Chicago et au sein de laquelle elle a vécu pendant 17 ans, qu'elle s'est toujours sentie la plus proche.

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De la fin de vie à la découverte du talent de Vivian.

Quand John, Lane et Matthew devenus grands n'ont plus besoin d'une nounou, Vivian Maier quitte les Gensburg et poursuit son activité de famille en famille. À partir de ce moment, ses négatifs ne seront plus ni développés, ni tirés jusqu'à la découverte de son œuvre par John Maloof.

La vieillesse s'installe peu à peu. Vivian connaît de sérieuses difficultés financières.  Malgré les soins reçus et l'attention affectueuse qui lui est portée par les trois frères, Vivian Maier décède le 20 avril 2009. Deux années plus tôt et sans que les frères Gensburg le sachent, les frais de stockage de ses cartons au garde-meuble étant impayés, les appareils de photos, les négatifs, les bobines de films appartenant à Vivian avaient été mis en vente aux enchères. C'est à ce moment-là, en 2007, que John Maloof s'était porté acquéreur d'un lot et ce fut le début de la reconnaissance d'une grande photographe quelques mois plus tard, avant toutefois que John Maloof puisse la retrouver et faire sa connaissance.

En 2013, John Maloof et Charlie Siskel réalisent un documentaire : A la recherche de Vivian Maier (Finding Vivian Maier), qui a été nommé aux Oscars en 2015, mais n'a pas reçu de prix.  Ses photos sont exposées partout dans le monde.

Vivian Maier, photographe de l'humain.

Vivian Maier était un esprit libre et a suivi sa curiosité partout où elle l'a menée. Ses photos trahissent  une affinité pour les plus humbles, sans doute en raison d'une parenté émotionnelle qu'elle ressentait avec ceux qui luttent pour s'en sortir. Sa soif de culture l'a emmenée dans le monde entier.

Elle était surtout photographe de rue. Elle photographiait les gens, dans leur pauvreté, leur travail, avec un sens de la mise en scène, du détail et de la composition, un oeil acéré, mais surtout une grande tendresse.

l’histoire de la si curieuse et si secrète photographe, soulève beaucoup de questions que se sont posées John Maloof et le coréalisateur du film Charlie Siskel.

Fallait il publier les photos et réaliser un film sur un personnage aussi secret que Vivian Maier ? Les réalisateurs pensent qu'elle n’était peut-être pas si secrète que ça, et qu'elle avait conscience de sa valeur en tant que photographe. Elle a pu avoir l’idée d’exposer ses photos, même si cela ne s’est pas fait, peut-être pour des raisons financières. (TELERAMA, 2 juillet 2014). Mais ce sont des suppositions et au final, on peut penser qu'il aurait été dommage de laisser dans les cartons le talent de Vivian Maier.

Une association : Viviane Maier et le Champsaur, a pour but de  valoriser ce patrimoine, en organisant des expositions, un concours photo, une brocante de matériel photo.

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Sources et photos : 

http://www.vivianmaier.com/

http://www.association-vivian-maier-et-le-champsaur.fr/

Wikipedia

Ala recherche de Vivian Maier, le film