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Sur le monument aux morts de Névache dans la Vallée de la Clarée (Briançonnais), on peut lire les noms des trois Prat, Edouard, Elie et François, tous trois de Plampinet et qui ont déjà fait l'objet d'un article sur ce blog. 

Jean Victor Rua ne figure pas sur la liste des "Grands Morts". Originaire de Guillestre, il épousa une plampinarde (habitants de Plampinet) en 1922, une Vallier qui plus est, descendante des célèbres fondeurs de cloches...

Et comme Sulphart, le personnage central du livre de Roland Dorgelès « Les Croix de bois », Victor Rua aurait pu s’exclamer après le 11 novembre 1918 : « Moi je dis que c’est une victoire parce que j’en suis sorti vivant ». Il avait échappé plusieurs fois à la mort par une chance qui tenait du miracle. Si la guerre avait encore duré quelques semaines il n’en serait sans doute pas revenu, comme tant de ses camarades. Son témoignage est aussi le leur.

Le 279ème R.I., le régiment  dans lequel le soldat Rua combattit depuis  septembre 1916 jusqu’à l’armistice, eut  pendant la durée de la guerre 2453 tués à l’ennemi, morts de blessures, ou disparus. Ce régiment d’infanterie fut avec le 159ème R.I. de Briançon (2556), et le 157ème R.I. de Gap et Barcelonnette (2967) l’un des plus éprouvés.  Ces nombres sont à comparer à l’effectif d’un régiment d’infanterie qui était voisin de 2500 hommes. 

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Le 15 septembre 1915, l’escouade de Rua Jean Victor à Grillon.

De gauche à droite : debout, un inconnu, Menu, Ribet, Ranguis, Lambert. Accroupis : Niel, Lambert, Rua, Peyre

De ce groupe Ribet originaire de Guillestre a survécu à la guerre. On le retrouve avec Rua sur une photo prise à Guillestre le 11 novembre 1968. Les autres ont peut-être été tués car les mêmes patronymes figurent sur les listes des tués des régiments d’infanterie auxquels ils devaient être très probablement affectés (157ème, 159ème, 279ème, 307ème).

Voici un petit texte issu de son carnet de route, et qui concerne l'année 1914...

1914

 

Le 30 juillet, me trouvant à Guillestre occupé à moissonner du blé, ma tante vint me dire que mon oncle Joseph était appelé à rejoindre sans délai son régiment, le 112ème territorial (R.I.T). Il avait quarante ans.

Mon grand père qui était âgé de soixante douze ans et qui avait fait la guerre de 1870 me dit « Victor il nous faut finir de moissonner le champ, car le blé nous viendra bien avec cette guerre. Nous savons quand elle commence, mais nous ne savons pas quand elle finira ».

L’Allemagne déclara la guerre à la France le 3 août et la mobilisation générale eu lieu le 4 août. Vers le 10 août, le garde champêtre fit une tournée pour avertir les jeunes de moins de 18 ans et les vieux de 50 à 60 ans de se tenir disponibles pour les corvées afin d’aider à la défense de la frontière avec l’Italie.

C’est ainsi que je fus envoyé avec quelques vieux à Fort Mont-Dauphin, prendre des outils et monter ensuite à Gros, construire un emplacement de batterie pour tirer dans la gorge du Queyras si les Italiens avaient voulu nous attaquer ; l’Italie était alliée de l’Allemagne. Nous étions sous le contrôle d’un sergent du 4ème Génie. Le 20 août je conduisis à Embrun une charrette chargée de boîtes de conserves pour ravitailler les chasseurs du 14ème B.C.A. qui partaient pour le front des Vosges.

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Merci à Jean Vallier, descendant des fondeurs de cloche de Plampinet, qui m'a fourni cette photo de régiment de Jean Victor Rua et ce texte...