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8 mars 2014

Emilie Carles, une femme engagée dans sa vallée

 

Scan0011Emilie Carles est née avec le XXe siècle à Val-des-Prés, dans la Vallée de la Clarée (Hautes-Alpes).  Sa mère mourut alors qu'elle avait 4 ans, laissant 6 enfants avec leur père Joseph Allais. Emilie devint institutrice et exerça son métier dans sa vallée durant 40 ans, apprenant  à ses élèves la tolé­rance, le refus de la guerre et la fierté de leurs tra­di­tions pay­san­nes. Elle devint écrivaine à 78 ans en publiant "Une soupe aux herbes sauvages" puis "Mes rubans de la Saint-Claude" en 1982. Elle raconte, sans misérabilisme et sans larmoiement, la très dure vie des paysans du début du XXe siècle, avec un  réalisme sans concession, une force tranquille, une joie étonnante. On disait alors : "9 mois d'hiver, 3 mois d'enfer", au temps où la neige isolait complètement les villages, et où il fallait travailler dur pendant le court été pour arracher à la terre la production qui faisait vivre toute une famille, tout en menant les bêtes en alpage. Elle dénonça la misère, l'alcoolisme, qui faisaient des ravages dans sa vallée. Son métier d'institutrice la mena à Paris en 1916, où elle côtoya les milieux pacifistes et anarchistes. Mais déjà à 14 ans, elle s’était forgée des idées anti­mi­li­ta­ris­tes, après le départ de ses deux frères à la guerre en 1914, et lorsque Joseph lui raconta, lors d’une per­mis­sion, sa révolte face à l’absur­dité de ce conflit.

 

la maison transformée en hôtel en 1936

Elle rencontre Jean Carles en 1927, un paci­fiste, liber­taire et libre-pen­seur, qui devient son compagnon. Avec lui, elle lutte contre l’injus­tice, la guerre, le racisme, le patriar­cat et la sou­mis­sion des femmes.  En 1936 ils transforment la grande maison familiale en hôtel, dans lequel ils reçoivent les vacanciers du Front Populaire. La maison se remplit d'amis, de discussions interminables, les prix sont dérisoires, et c'est le salaire d'institutrice d'Emilie qui va combler le déficit de l'hôtel. Ensemble ils auront 3 enfants, 2 garçons et une petite fille Nini qui meurt à l'age de 6 ans, écrasée par un camion militaire pendant la seconde guerre mondiale. 

 

Le village de Val des Prés

En 1974, elle réus­sit à mobi­li­ser la popu­la­tion de Val des Près contre le projet d’auto­route Fos-sur-Mer/Turin qui devait traverser la Vallée de la Clarée. Le 13 Août 1973, elle prend la tête d’une mani­fes­ta­tion à Briançon avec les paysans de la vallée venus sur leurs tracteurs envahir la ville contre ce projet. Le 27 Octobre 1976, elle orga­nise une confé­rence de presse à Paris devant des repré­sen­tants de minis­tè­res et des jour­na­lis­tes. Émilie fait grosse impres­sion et obtient gain de cause : la Vallée de la Clarée sera désor­mais clas­sée et on ne pourra plus dévi­sa­ger cette nature préservée unique et vivante, ces charmants villages, ces forêts traversées par la rivière Clarée.  

 

Si nous pouvons encore nous régaler de ce petit paradis qu'est la Vallée de la Clarée, c'est grâce à Emilie Carles, dont je ne pouvais manquer d'honorer le souvenir en cette "Journée de la Femme". J'ai lu son livre "Une soupe aux herbes sauvages" plusieurs années avant de venir m'installer à Briançon, et c'est avec une grande émotion que j'ai visité pour la première fois cette vallée, dans les pas d'Emilie.

 

 P1120210

Avant de quitter Val des Prés, flânons un peu dans ses rues en cette fin d'hiver encore bien enneigé, comme au temps de la jeunesse d'Emilie. La Mairie et son cadran solaire qu'Emilie n'a pas connu, et qui ne parle pas de la mort et de la fuite du temps, mais de Liberté, d'Egalité, de Fraternité...

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L'église Saint-Claude avec son superbe porche qui abrite le monument aux morts...

 

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"Emilie, si jamais tu fais la classe un jour, il faut dire la vérité aux enfants, parce que c'est simple, le type qui est en face de toi, l'Allemand, il a certainement une charrue ou un instrument de travail qui l'attend chez lui. Après la guerre, lui et moi, si on n'est pas mort, si on n'a pas complètement perdu notre dignité d'homme, il faudra bien qu'on se remette au boulot pour réparer les ruines laissées par la guerre, mais la guerre, ni lui ni moi on en aura eu quelque chose. Ce sont les capitalistes et les richards qui auront fait des bénéfices en vendant leurs armes, ce sont les militaires de carrière qui auront gagné du galon et pris de l'avancement, mais nous, on n'aura rien, on n'aura rien gagné." Ce sont les mots de Joseph, frère d'Emilie, dans "Une soupe aux herbes sauvages".

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Nous ne pourrons chercher la tombe d'Emilie Carles dans le cimetière qui dort sous la neige... D'ailleurs nous ne la trouverions pas : Emilie a offert son corps à la science à sa mort le 29 juillet 1979.

P1120247

« Dès les pre­miers beaux jours de l’année, alors que la mon­ta­gne est encore impré­gnée par l’humi­dité de la neige à peine fondue, j’ai pour habi­tude de me repo­ser, allon­gée dans mon fau­teuil sur la ter­rasse du Vivier. Dès le matin, le soleil vient y des­si­ner un jeu d’ombres et de lumiè­res qui m’est tout aussi fami­lier que la voix de ceux que j’aime. La Clarée, cette rivière bénie des dieux, coule à mes pieds. J’aper­çois à tra­vers les bran­ches des arbres le mou­ve­ment de ses ondes trans­pa­ren­tes qui varient en cou­leurs et en inten­sité, tour à tour tumul­tueu­ses ou calmes, gron­dan­tes ou mono­to­nes. Autour de moi les oiseaux chan­tent. Je leur parle et ils me répon­dent et je prends ce concert pour moi seule. Quelle pré­somp­tion ! Ils chan­tent l’hymne au soleil, celui dont Rostand disait : « O soleil toi sans qui les choses en seraient pas ce qu’elles sont. » Les gout­tes de pluie de la nuit accro­chées aux feuilles des saules irra­dient sous les rayons. C’est fée­ri­que, c’est para­di­sia­que. J’ai sous les yeux le plus beau pays du monde. » Emilie Carles, Une soupe aux herbes sauvages. Ed. Robert Laffont S.A. Paris, 1981.

 

emilie_carles_institutrice1

 

Emilie (au centre), quand elle était institurice à Paris. 

 

 


 

 

 

 

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Commentaires
W
Je suis irlandais et ma femme est belge . J’ai lu le livre et nous avons un vacance dans le region en 2001 . Quelle femme formidable et une vie exceptionnelle .<br /> <br /> William et Betty
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G
Dans les messages précédents tout est dit ÉMILIE CARLES femme exemplaire Nous sommes allés dans cette jolie région , avons apprécié et en lisant > je me suis régalée et j ai admiré la femme vraie qu elle était .Merci Madame Carles et Merci à vous Sylvie de vos détails poignants Belle journée<br /> <br /> <br /> <br /> Ginette
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M
Val des près...ma première colonie de vacances ...j'ai lu, avec délices le livre d'Emilie Carles, une soupe un herbes sauvages, et ce soir par hasard, je vois un reportage sur votre blog sur Fr3....c'est super. Je vais revenir vous lire ...bises d'une mémé du Var
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J
La vallée de La Clarée je l'ai découverte après avoir lu "Une soupe aux herbes sauvages". Cette vallée je l'ai parcourue à pieds, à bicyclette jusqu'aux chalets de Laval, à skis et en voiture et, depuis 55 ans, je ne m'en lasse pas et j'y reviens chaque année avec plaisir; quel bonheur qu'elle n'ait pas été défigurée par une autoroute! Merci madame Carles!
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B
Belle tranche de vie exemplaire qui fait avancer l'humanité. On a envie de lire le livre.<br /> <br /> Bravo de la faire connaître.<br /> <br /> bab'
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