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Ce moulin sans ailes et sans roue est unique en France... C'est le premier moulin électrifié, beaucoup moins poétique qu'un moulin à vent ou à eau, mais son histoire est belle.

Entré en service en 1911, après l'achèvement du barrage de Prelles, nous le devons à l'ingénieur Gilbert Planche, que nous commençons à bien connaître... Mais, me direz-vous, Planche avait pour objectif de revendre aux fabricants d’aluminium des usines clés en main, tout compris : énergie électrique, terrains et droits d’eau inclus, pas de construire des moulins. Oui, mais encore fallait-il obtenir ces droits auprès des paysans montagnards !

Au XIXe siècle, la terre et l'eau sont la vie pour les paysans. La terre pour cultiver, l'eau pour faire tourner les meules des moulins. Il fallut à Gilbert Planche négocier finement pour obtenir le droit de capter l'eau de la Durance. Les habitants des villages obtinrent, en échange du passage de conduites forcées sur leurs terres et de l'abandon de leur ancien moulin, la construction de ce moulin électrifié, mais aussi l’électrification de leur église et la fourniture gratuite de 20 KWh par jour pour leur consommation propre. (source: Isabelle Rive, guide-conférencière du Patrimoine)

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  Le moulin possède une autre particularité insolite : il comporte une partie meunerie pour écraser les grains et fabriquer la farine et une partie scierie. Il fonctionnait à l'automne pour le grain et au printemps pour débiter les grumes en planches grâce à sa scie battante et sa scie circulaire. ce qui facilitait grandement la vie des habitants qui avaient encore recours au sciage de long, à la force des bras. La meunerie fonctionna jusque dans les années 1960 et la scierie jusqu'en 1970-75. Louis Chiorino, un compagnon-menuisier qui vit toujours à L'Argentière, fut le dernier client de la scierie et Martin Brunel, le dernier meunier.

Sur cette photo, on peut voir au premier plan la scie battante, et à droite le matériel de meunerie, avec la potence et la pince, au fond le vannoir et le blutoir, le tout en parfait état de conservation.

 

 

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Côté moulin...

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côté scierie...

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Le vannoir

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Le blutoir

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Le meunier habitait sur place le temps de moudre le grain, dans un coin de la pièce unique, où était aménagée une chambre avec un matelas et une cheminée. Ici la petite trappe qui lui servait de fenêtre...

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Les meuniers avaient pour habitude d'écrire sur les murs leurs chiffres et leurs calculs, ici c'est sur le mur en bois de sa chambre que celui-ci écrivait.

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Une remarquable installation électrique débrayable permettait de passer de la meunerie à la scierie

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La scie circulaire.

Ici j'entends le bruit strident de la machine et je respire le parfum du bois fraîchement scié...

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Les meules étaient autrefois fabriquées sur place, là où on trouvait la pierre, parfois dans le nord et l'ouest de la France. Elles furent longtemps d'une seule pièce et transportées par des convois de charriots tirés par des boeufs. Il fallait des semaines et des mois pour les transporter, et en montagne on devait parfois les porter à dos d'hommes dans les passages difficiles ! Si la meule se brisait, elle était perdue, jusqu'à ce qu'on imagine de les cercler de fer, ainsi on fabriquait des quarts de meules, et le transport était plus facile... si on peut dire !

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Grâce à ces anneaux scellés dans le mur de chaque côté de la porte, on attachait l'âne ou le cheval qui servait à apporter le grain au moulin, puis à emmener la farine.

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Ce moulin a pour nom Moulin Saint-Sébastien, comme la chapelle qui se trouve de l'autre côté de la rue, à l'entrée du village de Saint Martin de queyrières.

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Merci de votre visite, et à très vite pour d'autres découvertes offertes grâce aux Journées Européennes du Patrimoine, et merci à Vincent Leleu (technicien des Services Culturels, DRAC-PACA), Maire de Saint-Martin, pour cette belle histoire.